Justice

Dans la version genevoise de «Mon voisin le tueur», les psychiatres décrivent un sombre profil

Le prévenu, accusé d’avoir assassiné une retraitée qui habitait le même immeuble à Onex, évoque une mort accidentelle. L’homme est dépeint par les experts comme un être froid, manipulateur et calculateur

Deux ans après sa mort, il ne restait plus de la retraitée que quelques os éparpillés dans une forêt. Un fémur, un crâne et deux vertèbres ont été retrouvés par les enquêteurs après que José, de son prénom d’emprunt, mis en confiance par un agent sous couverture infiltré au sein de la prison, eut livré les détails de cette sauvage sépulture. Au second jour de son procès devant le Tribunal criminel de Genève, le prévenu soutient la thèse de la mort accidentelle. Ambiance garantie.

Un tableau chargé

Rien ne semble pouvoir déstabiliser ce quinquagénaire malgré des charges lourdissimes. L’homme est prévenu d’assassinat (pour avoir étranglé la retraitée afin de mettre la main sur ses économies), de séquestration (pour avoir menotté sa victime sur une chaise le temps d’aller fouiller son appartement et trouver les 40 000 euros), d’atteinte à la paix des morts (pour avoir jeté le corps dans une forêt avant de revenir une semaine plus tard pour y bouter le feu) et d’actes préparatoires délictueux (pour avoir encore demandé à Paulo, l’agent infiltré devenu un confident, de tuer ou de défigurer son beau-frère).

Sans oublier l’utilisation frauduleuse d’un ordinateur reprochée pour chaque retrait effectué avec les cartes de crédit de sa victime (il les avait sur lui au moment où la police menait son enquête de voisinage pour élucider cette disparition) afin de faire croire que celle-ci était encore vivante. Ce manège a duré plusieurs jours. Selon l’acte d’accusation, José n’a pas hésité à se rendre au bancomat, habillé avec la veste à capuche de la victime, afin d’être filmé de dos. Le cantonnier est aussi prévenu de vols pour avoir dérobé bijoux et manteaux chez la retraitée après sa mort ainsi que d’escroquerie pour avoir faussement déclaré le vol de sa propre Mercedes et touché 27 000 francs de l’assurance.

Lire aussi: A Genève, une retraitée sacrifiée, son cruel voisin et une incroyable histoire d’agent infiltré

L’accident et la panique

Dans la bouche de José, l’histoire est tout autre. La mort de la retraitée? Un regrettable accident. Il explique avoir légèrement poussé sa voisine alors que tous deux se disputaient au sujet d’une dette et ajoute que celle-ci est tombée en arrière et s’est heurtée la tête. «J’ai pleuré. J’étais perdu et j’ai tourné en rond pendant plusieurs heures», assure le prévenu.

Pourquoi s’être débarrassé du corps de celle qu’il qualifie lui-même de seconde maman? «Dans la panique, je n’ai pas réfléchi.» Et une semaine plus tard, lorsqu’il est retourné pour asperger la malheureuse de diesel alors que le cadavre était recouvert de neige? «Je regrette», dit-il visiblement ému, en se rappelant cette scène. La présidente lui demande s’il a jamais songé à se dénoncer? «La peur était toujours là.»

Des traits de caractère inquiétants

Des larmes que n’ont pas vues et que n’imaginent même pas les experts psychiatres. Selon les docteurs Gérard Niveau et Patrick Blachère, le prévenu est bien incapable de pleurer sur autre chose que lui-même.

Présentant un trouble de la personnalité dyssociale et narcissique, José a une haute estime de lui-même, il manque singulièrement d’empathie, il manipule volontiers des personnes vulnérables pour parvenir à ses fins, il méprise les règles sociales, il n’éprouve ni honte, ni culpabilité, il a besoin de posséder et d’exister à travers des biens matériels. De tels traits de caractère sont bien difficiles à faire évoluer et le risque de récidive est qualifié de très important. Chez le sujet narcissique, ajoutent les experts, l’aveu n’apporte aucun soulagement.

«Vous pinaillez, Maître»

Enfin, dans l’hypothèse où l’homicide est finalement retenu, José, pas du tout demandeur d’un traitement jugé de toute manière peu efficace, serait un bon candidat pour une mesure d’internement. «Ils n’ont absolument pas raison», répond le principal intéressé lorsque la présidente Alessandra Armati lui demande de se déterminer sur cette expertise.

Petit moment de tension. La cour insiste et répète au prévenu que les psychiatres le considèrent comme «malade» alors que ceux-ci ont dit autre chose. Mais il est vrai que ces spécialistes sont parfois difficiles à suivre. Comme lorsqu’ils expliquent que le crime n’est pas en lien avec le trouble mental mais que ce même trouble mental fonde un risque de récidive élevé.

A la défense, Me Eric Beaumont demande à ce que cette question de la cour au prévenu soit notée au procès-verbal. «Vous pinaillez, Maître», s’énerve la présidente, qui assure avoir voulu simplifier le propos en parlant de maladie plutôt que de trouble. Le «pinaillez» sera finalement aussi noté après une bonne dose de soupirs de part et d’autre.

Le procès reprendra mercredi avec les derniers témoins et le réquisitoire du procureur Endri Gega.

Publicité