La période préélectorale est véritablement ouverte à Genève. Premier parti à le faire, les Verts ont établi samedi à Thônex leurs listes pour le renouvellement du Grand Conseil et du Conseil d’Etat en octobre et novembre prochains. Confirmant la recommandation de leur présidence, les membres ont validé un tandem pour l’élection à l’exécutif, avec la sortante Michèle Künzler et le conseiller national Antonio Hodgers. Doté de règles de parité, le parti a également désigné 21 femmes et 22 hommes pour briguer une place au parlement.

«Plus on a, plus on a peur de perdre ce que l’on a.» Dans cette tirade d’Antonio Hodgers affleure le pessimisme régnant au sein de la formation qui, lors des dernières cantonales en 2009, est devenu le deuxième parti genevois, derrière les libéraux et à quasi-égalité avec le MCG. Les écologistes détiennent dix-sept des cent sièges du Grand Conseil et deux des sept fauteuils ministériels. Un score que les Verts sont tout sauf sûrs de réitérer, même si l’assemblée du parti, tenue en présence de la presse, s’est gardée de faire étalage du défaitisme ambiant.

Plusieurs éléments peuvent alimenter les craintes, à commencer par un climat tendu. «Genève traverse une crise politique importante, a résumé la présidente du parti, Emilie Flamand, en ouverture du congrès. La démission de Mark Muller a dégradé l’image des élus. Les partis de droite s’alignent sur les populistes. Le chaos général profite aux populistes et la crise économique ne profite jamais aux Verts.»

Meilleur élu au Conseil d’Etat en 2009, l’argentier écologiste David Hiler se retire après deux législatures. Ce sera à la sortante Michèle Künzler de jouer le rôle de figure de proue. Or, la ministre de la Mobilité se sait en difficulté. Lors de son accession à l’exécutif en 2009, elle a hérité d’une version rapetissée du département transmis par son camarade Robert Cramer. Elle appartient au camp minoritaire, tant au sein de l’exécutif que face au parlement où ses projets s’enlisent souvent, et a dû assumer en décembre 2011 la mise en place chaotique d’un nouveau réseau de transports publics qui reste controversé, y compris à gauche.

Un scénario court dans le sérail politique: les Verts risquent de perdre un fauteuil gouvernemental cette année et le mandat restant pourrait échoir à Antonio Hodgers, au détriment de sa colistière. Le trentenaire, qui a siégé cinq ans au Conseil national, y a pris du galon en y devenant le chef de la fraction verte. Les 171 délégués genevois réunis samedi lui ont accordé 143 voix, contre 127 à Michèle Künzler. Ce n’est qu’à mi-voix et en coulisses qu’on apprend la contestation dont la conseillère d’Etat fait l’objet dans le parti. On lui reproche notamment une communication peu efficace. «Je dis toujours ce que je pense et ce n’est peut-être pas toujours à mon avantage», a admis la magistrate en ouverture de sa harangue face à l’assemblée.

Les Verts ont subi plusieurs déconvenues récemment, perdant 4 sièges sur 15 au parlement de la ville de Genève en 2011 et échouant, dans la même commune, lors de la votation sur les rues piétonnes en septembre dernier. Au Grand Conseil, rien n’assure donc que les 17 sièges écologistes seront conservés. Dépassant en 2009 le frère aîné socialiste, qui compte bien se refaire, le parti écologiste avait alors récolté 15,3% des voix. Il avait aussi bénéficié d’un surplus de députation, qui pourrait ne pas revenir puisqu’il était issu du report des voix perdues de l’extrême gauche, laquelle depuis 2005 ne parvient plus, à cause de ses divisions internes, à franchir le quorum de 7% barrant l’entrée du parlement.

Aujourd’hui, les factions de l’extrême gauche tentent de se recoudre pour réussir leur retour parlementaire, sans manifester une attention évidente pour leurs alliés traditionnels socialistes et verts: tout au plus, un apparentement est-il prévu pour l’élection parlementaire alors que la gauche de la gauche semble envisager une liste solitaire pour le Conseil d’Etat. Au PS, qui organise ses propres primaires le 9 mars, la présidence recommande de lancer les quatre candidats disponibles au Conseil d’Etat, sur leur propre liste au premier tour. Dans les deux cas, on semble rejeter la stratégie proposée par les Verts qui consiste en une liste de gauche unie et resserrée dès le premier tour.

«Il est suicidaire pour la gauche de se lancer sur des listes séparées à une élection majoritaire», estime Emilie Flamand, relevant que les deux blocs rivaux (centre-droit et populistes) s’apprêtent à partir unis. Le congrès vert a largement validé la tactique de sa direction. D’autres voix, comme celle du député Christian Bavarel, ont souligné les risques de biffage qui surviendraient avec une pléthore de prétendants, et cela alors que «nous allons vers une campagne dure et brutale qui ne sera pas une partie de plaisir pour les candidats». L’assemblée a demandé qu’un nouvel appel à l’union soit adressé aux autres factions de gauche. Reste que, du côté du PS, on semble surtout vouloir prévenir un possible psychodrame interne en renonçant à départager les candidats à la candidature et en laissant le peuple choisir.

«Les Verts doivent défendre des valeurs, plus que des résultats électoraux», a plaidé Antonio Hodgers. Le parti a aussi ébauché ses axes de campagne qui se focaliseront sur la mobilité, le logement, l’emploi et la sécurité. Ce dernier thème prend pour la première fois l’avant-scène dans une campagne verte. Il a suscité un débat interne nourri, notamment sur la nécessité de pointer les problèmes, mais sans stigmatiser de groupes ethniques.