Ruedi Baumann était l'un des rares écologistes d'outre-Sarine favorables à l'EEE en 1992. A l'époque, les Verts étaient divisés par un profond fossé linguistique, qui plaçait les Romands du côté des partisans de l'ouverture alors que les Alémaniques étaient venus gonfler les rangs des opposants. «Je me faisais chahuter lorsque, isolé, je défendais l'EEE en Suisse alémanique», se souvient le conseiller national bernois. Soucieux de ne pas être classés dans la même catégorie que Christoph Blocher, les Verts avaient pris soin de constituer leur propre comité d'opposition. Ils avaient mené campagne en expliquant que l'EEE était «la pire des variantes de l'intégration européenne» et ne serait rien d'autre qu'un «provisoire intolérable qui risque de durer».

Pas des hérissons

Au lendemain du 6 décembre, les écologistes, conscients que leur ralliement à l'EEE aurait peut-être suffi à faire accepter cet accord, crurent bon de préciser publiquement qu'ils n'étaient pas des hérissons. Ils avaient refusé l'EEE à cause de ses «lacunes», rappelaient-ils comme pour s'en persuader eux-mêmes, et il ne fallait pas voir dans leur vote un refus d'ouverture. Ils étaient pour l'ONU et favorables à des négociations d'adhésion à l'UE.

Lorsqu'il s'est, par la suite, porté candidat à la présidence du parti, Ruedi Baumann a placé l'intégration européenne en tête de son programme politique. «Cet objectif est devenu clair et les écologistes ont bien changé depuis 1992. Exception faite de la taxe poids lourds, la politique environnementale stagne en Suisse alors qu'elle est plus développée au sein de l'UE. Dans le domaine agricole, c'est l'OMC et non l'UE qui dicte le rythme de la libéralisation. Et, quand on voit ce qui se passe en Allemagne à propos de la vache folle, on constate que la Suisse souffre de ne pas être membre de l'UE: elle ne parvient pas à réagir seule contre ce fléau», analyse celui qui préside aux destinées des Verts depuis quatre ans.

Sur le plan national, le soutien des parlementaires écologistes à l'initiative «Oui à l'Europe!» est désormais sans faille. Les Alémaniques se sont ralliés aux Romands, dont la fibre européenne semble toujours aussi marquée qu'en 1992. L'ensemble des sections romandes suit le mouvement. Outre-Sarine, c'est plus complexe. On observe encore des stigmates de 1992. Deux partis cantonaux, Lucerne et Bâle-Ville, ont choisi de laisser la liberté de vote. «Cela me surprend de la part de la section lucernoise, qui est celle de la présidente de notre groupe parlementaire Cecile Bühlmann, elle-même favorable à l'initiative. Je pense que ces réticences reflètent deux préoccupations. Premièrement, l'UE continue de leur apparaître comme une superbureaucratie. Deuxièmement, les écologistes alémaniques, comme on l'observe à propos de la libéralisation du marché de l'électricité, voient avant tout le point de vue des consommateurs», analyse l'écologiste genevois Patrice Mugny.

Les Verts lucernois hésitent parce que certains d'entre eux veulent expérimenter les accords bilatéraux avant d'aller plus loin. Mais Ruedi Baumann ne s'en formalise pas. Il souligne au contraire que d'autres sections que l'on aurait pu penser réticentes, par exemple celle de Zurich, ont pris position en faveur de «Oui à l'Europe!». Les Verts ne vivent donc pas une situation aussi difficile que le PDC, dont seize sections cantonales ont émis un avis contraire au parti suisse.

Le cas bernois

Reste le problème des écologistes bernois. Ils sont divisés en trois camps. Il y a d'abord le groupe Verts-Liste libre, dont est issu Ruedi Baumann lui-même. La semaine dernière, il a clairement approuvé «Oui à l'Europe» par 38 voix contre 2. «Nous sommes ouverts et tournés vers l'avenir», commente son président Ueli Stückelberger.

Il y a ensuite l'Alliance verte, à laquelle appartient la conseillère nationale Franziska Teuscher et qui vient de demander son adhésion au Parti écologiste suisse (PES). Elle devrait elle aussi soutenir l'initiative. Et il y a enfin le Parti vert bernois, qui a recommandé le rejet de «Oui à l'Europe!». Emmené par le fondamentaliste Luzius Theiler, ce groupuscule est opposé à l'adhésion comme il était opposé naguère aux accords du GATT. Ruedi Baumann ne le considère cependant guère représentatif dans la mesure où il ne dispose d'aucun siège au Grand Conseil bernois.