FRIBOURG

Les Verts fribourgeois en plein renouveau

Les écologistes présentent ce soir leurs candidats au National. Leur rôle sera essentiel.

Les Verts fribourgeois sont-ils en train de vivre un nouveau printemps? Perçus comme des fondamentalistes peu enclins au compromis, ils semblent aborder la campagne des fédérales avec une ouverture d'esprit inédite. Réunis en assemblée, ils adouberont ce soir leurs candidats au National, qui seront répartis sur deux listes sous-apparentées: celle du parti, accompagnée d'une petite sœur «Jeunes Verts».

Si les ténors Christa Mutter et Hubert Zurkinden assumeront le rôle de locomotive électorale, ils seront accompagnés de nouvelles têtes, «pas forcément à 100% dans notre ligne», notent-ils. Une promesse qui rompt avec la culture politique instaurée par les deux députés au Grand Conseil, par ailleurs coprésidents démissionnaires du parti.

Eva Kleisli, présidente

Pour les remplacer, les Verts fribourgeois porteront à leur tête, sauf coup de théâtre, Eva Kleisli, professeure de sport au Collège Saint-Michel, membre du parlement du chef-lieu. De manière générale, le comité directeur subit une cure de jouvence. «Ceux qui étaient en place depuis maintenant une quinzaine d'années s'en vont. Le style du parti, sa façon d'appréhender les problématiques, pourraient s'en trouver modifiés», estime Christa Mutter.

La probable future présidente Eva Kleisli - elle entrera en fonction le 1er juin - abonde dans ce sens: «L'intérêt pour l'écologie croît fortement. Des personnes émanant de différents milieux, auxquels nous ne sommes pas habitués, émettent le vœu de nous rejoindre. Je veux canaliser ces énergies disparates et créer une dynamique», lance-t-elle. Et de citer le cas d'un militaire de carrière, qui, abordant timidement le parti, a été accueilli à bras ouverts. La preuve que «les choses bougent»...

Donnant écho à ce discours, Hubert Zurkinden affirme que «toute personne partageant notre objectif prioritaire, à savoir la défense de l'environnement, est la bienvenue chez nous». Même les éventuels chantres fribourgeois de l'écologie libérale. «C'est une idée séduisante, susceptible de gagner de nouveaux adhérents à notre cause. Je ne vois aucun problème à collaborer avec eux», assure Christa Mutter.

Une campagne active

Gonflés à bloc, promettant de mener une campagne très active, les Verts fribourgeois n'en sont pas moins réalistes: à moins d'une grosse surprise, ils n'accéderont pas au parlement fédéral cet automne. Pas encore. «Je ne pense pas que notre potentiel sera assez élevé pour décrocher un siège. Dans quatre ans, en revanche, cela pourrait être différent», estime Hubert Zurkinden.

C'est que sur les bords de la Sarine, les Verts n'ont pas la même assise que chez les voisins vaudois ou bernois. Jusqu'à présent, ils ont eu de la peine à s'implanter hors de la capitale cantonale, victimes de la méfiance des zones rurales à leur égard. En outre, ils entrent en compétition avec le Parti chrétien-social, un allié de gauche, certes, mais qui chasse sur le même terrain électoral qu'eux. Christa Mutter et Hubert Zurkinden, à l'heure de l'autocritique, reconnaissent également n'avoir pas accompli assez d'efforts pour coloniser durablement tous les districts du canton.

Mais le trend national, ils le savent, leur est favorable. L'évolution socio-économique du canton de Fribourg aussi. Selon l'historien Georges Andrey, ce dernier «est en train de vivre une petite révolution. Son retard économique est en passe d'être comblé, comme en témoignent une urbanisation galopante et une tertiarisation de ses activités. Or ce terreau est favorable aux Verts», analyse-t-il. Aux élections cantonales de novembre dernier, les écologistes ont obtenu 12% des suffrages dans la cité des Zaehringen. Leur défi, à présent, c'est de sortir de ses murs.

S'ils ne placeront vraisemblablement pas d'élus à Berne, les écologistes fribourgeois n'en joueront pas moins un rôle charnière dans le scrutin. En effet, la gauche, menacée notamment par les assauts de l'UDC, apparentera l'ensemble de ses listes pour sauvegarder ses trois sièges actuels - sur sept - au National (deux PS et un PCS). Dans cette perspective, les voix drainées par les Verts seront tout simplement essentielles.

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