Personne n’entend lui faire de l’ombre. Yvan Rochat, seul en lice, succédera samedi prochain à Anne Mahrer à la présidence des Verts genevois. Membre de l’exécutif de la commune de Vernier, il prend la tête d’un parti qui a réussi à s’imposer comme la première force de gauche en supplantant le PS lors des élections cantonales de l’automne dernier. Depuis, affaiblis et sur la défensive, les socialistes multiplient les critiques à l’égard des écologistes. Ces tensions comptent parmi les défis que devra relever le nouveau chef de file des Verts. Entretien.

Le Temps: Comment allez-vous consolider votre position de leader de la gauche?

Yvan Rochat: Nous allons devoir conforter notre assise en 2011 lors des élections municipales et fédérales. Neuf élus Verts siègent déjà dans des exécutifs de communes. Le but est d’augmenter ce nombre et de progresser dans les conseils municipaux (législatifs). Pour les fédérales, l’objectif est au minimum de conserver les fauteuils occupés par Robert Cramer au Conseil des Etats, et par Antonio Hodgers et Ueli Leuenberger au Conseil national.

– Quelle sera votre stratégie pour y parvenir?

– Nous serons présents sur des thèmes traditionnels comme l’aménagement du territoire et la mobilité, mais la campagne permettra aussi de clarifier notre discours sur la sécurité, en faisant des propositions concrètes. Les principes sont clairs: la sécurité est un droit pour tous, et des forces de polices suffisantes sont nécessaires. Mais cette question doit parallèlement faire l’objet d’une approche sociale, notamment lorsqu’il s’agit de jeunes.

– Le PS reproche à votre parti d’être trop centriste et dépourvu d’ancrage idéologique solide au-delà de ses préoccupations environnementales. Que répondez-vous?

– Je crois que les socialistes devraient porter un regard plus pragmatique et moins idéologique sur certains sujets. C’est ce que font les Verts. Notre philosophie, c’est de faire avancer les choses sans attendre une hypothétique situation parfaite, en faisant au mieux à partir d’une situation donnée. Cela explique sans doute certains malentendus avec le PS.

– Est-ce la clé de votre succès et la cause de leur déclin?

– Je ne suis pas politologue, mais le pragmatisme dont nous faisons preuve pourrait effectivement nous avantager.

– René Longet, le président du PS, a porté une rude salve à l’alliance rose-verte samedi dernier. En raison de vos divergences de vues sur le logement et la fiscalité notamment, il ne veut plus de collaborations automatiques à l’avenir. Votre réaction?

– René Longet est confronté à un parti traversé par des courants contradictoires et son rôle est d’éviter que cela tangue trop. Je pense que cela explique ces propos. Si les socialistes veulent remettre en cause des alliances, ils devront en prendre la responsabilité. De mon côté, je suis prêt à la discussion s’ils ont de nouvelles propositions sur l’énergie. Quant à la fiscalité, nos deux partis étaient d’accord pour alléger la charge des familles. La divergence portait sur le seul bouclier fiscal, trop peu important pour remettre en cause la réforme selon nous.

– Les Verts ont affiché une attitude très gouvernementale en soutenant fermement leurs ministres au cours de la précédente législature. Cela va-t-il perdurer?

– Tout dépendra des projets que présentera le gouvernement. Si les conseillers d’Etat ont été soutenus, ce n’est pas par simple suivisme. Les députés se sont toujours efforcés de travailler les projets et de limiter les dégâts face à la droite en commission afin de parvenir à des textes acceptables.