L'élection d'un Conseil d'Etat exclusivement masculin, le 13 novembre dernier, a-t-elle culpabilisé les Verts? Trois mois après l'arrivée au pouvoir de leur second conseiller d'Etat, David Hiler, préféré par le parti à Fabienne Bugnon pour la course au gouvernement, les écologistes relancent le débat sur les quotas de genre dans les exécutifs. Une démarche isolée au sein des partis genevois.

Le bon moment

L'opportunité de modifier les statuts du parti pour imposer une candidature féminine sur le ticket écologiste aux gouvernements sera discutée mercredi, lors de la prochaine assemblée générale des Verts.

Pourquoi maintenant? «Au moment du choix entre David Hiler et Fabienne Bugnon, on s'était dit que ce n'était pas le bon moment pour prendre cette décision», explique Michèle Künzler, cheffe du groupe parlementaire des Verts.

La candidature de Robert Cramer à sa propre succession au Conseil d'Etat ne faisant l'objet d'aucune contestation, «instaurer des quotas avant les élections, c'était automatiquement me désigner», souligne Fabienne Bugnon. Et donc renoncer à présenter David Hiler, qui faisait figure de favori.

Préparer 2009

Les élections passées, le parti remet l'ouvrage sur le métier. «Les femmes doivent dès maintenant se préparer pour 2009», plaide la députée Anne Mahrer.

Mais l'instauration de quotas est-elle la meilleure manière de baliser le terrain? «Pour les élections au Grand Conseil, opter pour des listes où chaque sexe devait être représenté au minimum à 40% a porté ses fruits, constate Anne Mahrer, sur 16 députés Verts, on compte 10 femmes.» Mais pour les candidatures à l'exécutif, l'élue admet que faire de la parité une obligation peut présenter de gros inconvénients: «Qui sait, nous pourrions être amenés à renoncer à un double ticket féminin».

La démarche des Verts pour anticiper 2009 en matière de représentation féminine ne trouve pas d'écho au sein des autres partis.

Alternance

Le Parti socialiste, qui a représenté ses deux conseillers d'Etat sortants, Laurent Moutinot et Charles Beer, écartant la candidature de la députée Véronique Pürro, n'envisage pas pour l'heure d'introduire des quotas pour les exécutifs. Au PSG, dont la députation est constituée d'une majorité de femmes (10 sur 17), «la tendance serait déjà d'aller de 40% vers la parité sur les listes pour les législatives», explique Laurence Fehlmann-Rielle, présidente du parti. Et le moment venu, dans quatre ans, «il serait légitime, en vertu du respect de l'alternance et à compétences égales, de présenter une femme pour succéder à Laurent Moutinot», avance Laurence Fehlmann-Rielle.

Mesures concrètes rares

A droite de l'échiquier politique, on déclare faire de l'équilibre des genres un objectif ou même une priorité. Mais pas une obligation, qui ferait «primer le genre sur la compétence». Du coup, les mesures concrètes sont rares, tout comme les propositions pour l'avenir.

«Au PDC, certains ont versé une larme de crocodile le 13 novembre, en disant qu'il y aurait un retour de balancier en faveur des femmes», assène Véronique Schmied, évincée de la course au Conseil d'Etat au profit de Pierre-Louis Portier. «Je ne suis pas favorable aux quotas, mais sans aller jusque-là, rien n'est fait au sein du parti pour promouvoir les femmes. Le PDC laisse cela à la gauche», déplore la députée et maire de Versoix.

Mario Cavaleri, président du PDC (12 députés dont 3 femmes) rappelle quant à lui qu'environ 40% de femmes figuraient sur les listes pour le Grand Conseil, et évoque le conservatisme de l'électorat. «Ce n'est pas facile d'être une femme de droite», relève Véronique Schmied.

Du côté du Parti radical (12 députés dont 3 femmes), on met en avant l'objectif fixé pour les dernières législatives de présenter environ 40% de candidates sur les listes. Et la proportion équivalente de représentantes du parti au sein des commissions extra-parlementaires. Quant à l'avenir, «si on devait présenter deux candidats à l'exécutif, on essaierait de présenter un homme et une femme», assure le président Pierre Maudet.

«Suicide politique»

Au Parti libéral (23 députés dont 5 femmes), on juge le débat lancé par les Verts des plus extravagants. «Instaurer des quotas pour les législatives, c'est faisable. Mais dire, pour des élections à l'exécutif, que sur deux candidats présentés, l'un doit impérativement être une femme, c'est du suicide politique», s'emporte le président Olivier Jornot. Quant à la volonté de son parti de promouvoir les femmes, le fait de compter deux anciennes conseillères d'Etat dans ses rangs est un signal clair, estime-t-il.

Au Mouvement citoyen genevois (9 députés au Grand Conseil, dont une femme), on s'applique à recruter un maximum de monde et l'on reconnaît qu'aucune stratégie particulière n'a été mise en place pour la promotion des femmes. Au sein de l'UDC en revanche (11 dont une femme), la création d'un «cercle femmes» est en projet. Une démarche destinée à favoriser l'adhésion de membres féminins et confiée à une militante «parce que ce sera plus facile pour elle de recruter que pour nous, membres d'un parti qui a la réputation d'être un bastion masculin», précise le député Gilbert Catelain.