Les Verts libéraux vaudois gagnent du terrain. La formation séduit les sans-parti et les abstentionnistes. Contrairement aux pionniers zurichois, voire suisses alémaniques, les fondateurs vaudois n’ont pas fui les Verts même s’ils les attirent, mais les libéraux, coupables d’ignorer l’écologie. Or tout ce monde s’est retrouvé dans un no man’s land négligé par les formations traditionnelles.

Il s’agit d’une zone frontière. Où les préoccupations environnementales épousent le libéralisme économique. Où la responsabilité individuelle prime mais l’Etat n’est pas l’ennemi. Où le pragmatisme vaut mieux que des idéologies trop rigides pour résoudre les problèmes du monde contemporain.

Une année après le baptême de la section cantonale, suivie plus tard par la création des sections fribourgeoise et genevoise, les groupements régionaux se sont multipliés. On en compte neuf en terre vaudoise pour près de 150 membres cotisants. Dans la foulée, les listes pour les parlements communaux ont proliféré. Et 11 candidats briguent des fauteuils municipaux.

Le travail accompli en douze mois a donc été considérable en regard d’un budget «modeste» d’environ 60 000 francs par an, fait de dons et de cotisations, qui interdit au parti de louer un bureau.

Les élections communales du printemps scelleront le destin du parti. Le succès semble à portée de main. Sur le plan national, le dernier baromètre électoral a crédité les Verts libéraux de 5,2% de suffrages, quatre fois plus ou presque qu’en 2007. Du coup, un Vaudois ou une Vaudoise aurait toutes ses chances d’accéder au Conseil national.

Menés par trois figures tutélaires, transfuges du Parti libéral, les écolos de droite veulent rallier à leur camp tous ceux qui réclament du développement durable sans diaboliser l’économie. Isabelle Chevalley, égérie d’Ecologie libérale, Jacques-André Haury, médecin féru d’école, Régis Courdesse, ingénieur du renouvelable, pilotent depuis les bancs du Grand Conseil l’ascension verte libérale. Le secrétaire général Benjamin Leroy-Beaulieu – dont le mandat à 20% est couvert par un mécène – assure la coordination et l’intendance, ainsi que le rôle de porte-parole. Ce docteur en mathématiques de 31 ans est aussi candidat à la municipalité de Lausanne.

Les champions verts libéraux sont des universitaires entre 30 et 40 ans. On y trouve des ingénieurs, des scientifiques, des architectes, des avocats, des enseignants. La majorité d’entre eux ne faisaient pas de politique auparavant. Ou alors, ils ne se souciaient pas des clivages partisans. La moitié des candidats aux municipalités sont des sortants qui n’étaient cependant pas affiliés à un parti. Parmi les personnalités inattendues sur les listes se démarque Pierre Ethenoz à Froideville au nord de Lausanne. L’homme fut le chef du contrôle des finances de l’Etat de Vaud. Le haut fonctionnaire avait été licencié en 2004 par le Conseil d’Etat à la suite d’un rapport controversé sur le service social de la ville de Lausanne.

En mars, à Lausanne, les troupes vertes libérales pourront mesurer en pour-cent et en nombre d’élus le chemin parcouru. Benjamin Leroy-Beaulieu espère que le scrutin débouchera sur un «rééquilibrage» des forces. Actuellement, la gauche rose-rouge-verte domine avec six municipaux sur sept et 64 conseillers communaux. Pour ce faire, il faudra atteindre le quorum de 5%. Dans la course à la municipalité, les écolos de droite feront liste commune avec le PLR et le PDC.

Toute alliance électorale avec l’UDC a été bannie. Ce qui n’empêchera pas les Verts libéraux de collaborer pendant la législature à venir avec le parti de Claude-Alain Voiblet. Notamment sur la réforme de l’exécutif et de l’administration afin d’assainir les finances de la ville plombées par une dette de 2,3 milliards. L’initiative populaire lancée l’année dernière qui demande de réduire de sept à cinq les municipaux va dans ce sens. C’est d’ailleurs sur cet enjeu que les Verts libéraux veulent centrer leur campagne lausannoise. Tout comme le PLR, le PDC et l’UDC. Les thèmes plus spécifiquement verts, avoue Benjamin Leroy-Beaulieu, sont déjà plutôt bien pris en compte par la majorité en place. Pas besoin donc d’insister à tout prix.

Les Vaudois n’ont pas fui les Verts comme les Alémaniques, mais les libéraux, coupables d’ignorer l’écologie