Élections fédérales

Les Verts n’ont jamais été aussi à gauche

L’évaluation 2019 des parlementaires menée par l’institut Sotomo de Zurich montre que les partis se sont montrés plus compacts que les années précédentes. En toile de fond, on observe un glissement à gauche des Verts

A la fin de la 50e législature, la discipline de groupe, surtout dans les formations qui se positionnent aux extrémités de l’échiquier politique, s’est resserrée comme jamais. L’époque où les membres des différents partis s’étalaient sur la largeur du spectre politique, sur une échelle allant de -10 (gauche) +10 (droite), est révolue.

Lire aussi notre  éditorial:  Un conseiller fédéral vert serait sans doute trop rouge

Cela s’illustre par la réduction des écarts entre les élus les plus à gauche et les plus à droite au sein d’une même formation politique. Prenons le cas du PS. A la veille des élections de 2015, les socialistes les plus à gauche et les moins à gauche étaient séparés par un écart de 3,4 points. Cette différence s’est réduite à 1,2 point, et cela pour un positionnement clairement à gauche, entre -10 et -8,8.

A l’exception du président du syndicat Travail.Suisse, Adrian Wüthrich, qui obtient cette note de -8,8, tous les membres du groupe socialiste se placent entre -10 et -9,1. Cela traduit un renforcement de l’homogénéité du parti au Conseil national durant la dernière année de la législature.


Utilisez notre extension «Intérêts des parlementaires» pour afficher les profils et liens d’intérêt de chaque parlementaire mentionné dans cet article


La jeune Samira Marti, benjamine du parlement et représentante de la génération des Jeunes socialistes, se positionne à -9,9. Elle côtoie la Zurichoise Mattea Meyer et la Vaudoise Ada Marra, également candidate au Conseil des Etats. Toutes deux affichent une valeur de -9,8.

Lire également:  Samira Marti: «La rue est là pour donner épisodiquement un coup de pied aux fesses des politiciens»

Discipline de groupe à droite

On assiste au même rétrécissement à l’UDC. La distance entre les élus les plus à droite et ceux qui le sont le moins a été ramenée de 3,7 points à 1,2 point. Cela démontre que la discipline de groupe est, ici aussi, de plus en plus rigoureuse.

De manière générale, on peut dire que les différences de positionnement qui apparaissent dans les profils Smartvote des candidates et des candidats s’éclipsent derrière la logique prépondérante des partis, déterminante pour le comportement lors des votes au Conseil national.

Cette tendance à la discipline s’observe également dans les partis qui se situent entre les deux pôles. Au PDC, l’espacement interne entre la droite et la gauche s’est réduit de 3,6 à 2,6 points. Le PLR fait néanmoins exception: l’écart s’est légèrement accentué ces quatre dernières années, passant de 2,5 à 2,6 points.


Méthode
Le rating du Conseil national est calculé selon la méthode DW Nominate et celui du Conseil des Etats selon la méthode Alpha Nominate, développées pour le Congrès américain. Elles illustrent l’orientation idéologique des parlementaires sans qu’il soit nécessaire d’évaluer chaque vote individuel.
Les valeurs de la radiographie sont établies par la comparaison des parlementaires par paires. L’analyse 2019 repose sur 1367 votes au Conseil national et 145 au Conseil des Etats.


Peut-on encore parler d’«ailes» au sein des partis? De moins en moins pour ceux qui occupent les extrémités de l’échiquier. Il existe toutefois encore des courants différents dans les formations du centre ou du centre droit, en particulier au PLR et au PDC. L’enjeu des élections, dans ces partis, ne se limite d’ailleurs pas au nombre de sièges qu’ils vont gagner ou perdre. Il s’agit surtout de savoir quel courant en sortira renforcé ou affaibli.

Quel sera le profil du PDC à l’avenir?

Prenons l’exemple du PDC. Les trois membres du groupe qui ne se représentent pas, le Fribourgeois Dominique de Buman (-1,0), le Genevois Guillaume Barazzone (-0,5) et la Valaisanne Géraldine Marchand-Balet (-0,3), appartiennent plutôt à son aile gauche. Tout comme la Zurichoise Kathy Riklin (-1,0): elle tente à nouveau sa chance, mais sur une liste marginale chrétienne-sociale, apparentée à celle du PDC. Ses chances de réélection paraissent minces.

Les départs de ces quatre personnalités peuvent modifier le profil du groupe démocrate-chrétien. Ce parti perd de plus en plus de représentants de son aile sociale et chrétienne-sociale. La tendance se dessine depuis longtemps. Elle ne s’est pas encore traduite par un glissement formel du PDC à droite. Qu’en sera-t-il à l’avenir?

Des Verts éloignés des Vert’libéraux

Les sondages promettent aux Verts et aux Vert’libéraux d’être les gagnants des élections à venir. Or, on a de plus en plus tendance à les placer dans le même panier politique. Pourtant, leurs positions au Conseil national se différencient de manière marquée.

Lire également:  Elections fédérales: la vague verte se confirme

Comme cela avait déjà le cas jusqu’en 2012, les Verts dépassent à nouveau le PS sur sa gauche en 2019. La présidente du parti, Regula Rytz, occupe la position la plus extrême, avec -10, qu’elle partage avec deux de ses collègues, Irene Kälin (AG) et Michael Töngi (LU), ainsi que la socialiste bâloise Silvia Schenker. Le chef du groupe à Berne, le Zurichois Balthasar Glättli, est à -9,8.

Les ténors du Parti vert’libéral sont très éloignés d’eux. Son président, Jürg Grossen, affiche -3,2 et la cheffe du groupe parlementaire, Tiana Angelina Moser, est à -3,3. La valeur moyenne des Vert’libéraux est plus proche de celle du PLR que de celle des Verts. L’évaluation montre ainsi clairement que le PVL joue un rôle de pont entre les deux bords politiques.

Le durcissement de l’âge

On a tendance à penser que l’on s’assagit avec l’âge. L’évaluation 2019 a plutôt tendance à prouver le contraire. Elle traduit un durcissement des positions des anciens ténors de l’UDC plutôt qu’un adoucissement. On l’avait déjà constaté avec Christoph Blocher et l’ancien président du parti, Toni Brunner (qui a quitté le Conseil national en cours d’année), à la fin de leur carrière.

Ce sont ainsi le doyen de fonction Luzi Stamm, qui occupait déjà cette place lors du rating précédent, et l’ancien chef du groupe Adrian Amstutz qui affichent la position la plus à droite, +10. La même remarque vaut, à gauche, pour la socialiste Silvia Schenker, qui achève son mandat parlementaire avec la note -10.


Partis de gauche très à gauche, UDC très à droite

Les positions des partis de droite sont plus stables que celles du camp rose-vert

Entre 1997 et 2011, les Verts se positionnaient plus à gauche que le Parti socialiste. C’est de nouveau le cas depuis l’an dernier et cela s’est accentué cette année. Avec une valeur moyenne de -9,8, ils sont adossés au mur de gauche du Conseil national, alors que les membres du groupe socialiste affichent une moyenne de -9,5. On constate d’ailleurs qu’ils ont voté de manière très compacte, la députée la moins à gauche du groupe écologiste, la Bâloise Maya Graf, se situant à -9,2. Mais trois d’entre eux, dont la présidente Regula Rytz, décrochent la note de -10. Cet élément jouera un rôle dans les discussions à venir autour d’une possible candidature verte au Conseil fédéral.

De manière générale, les partis de gauche ont glissé à gauche durant la dernière année de la législature, alors que les partis de droite sont plutôt restés stables. L’UDC confirme en 2019 la valeur record de 9,4 atteinte en 2014 et inchangée depuis lors. Le Parti vert’libéral présente une moyenne de -3,3, plus à gauche que durant les premières années de son existence. A son arrivée sur la scène politique, le Parti bourgeois-démocratique était à 1,1. Il est passé de l’autre côté de la ligne médiane, à -0,5.


Changements attendus au Conseil des Etats

La majorité des 19 conseillers aux Etats qui se retirent se positionnent plutôt à gauche de la valeur moyenne

Durant la législature qui s'achève, le Conseil des Etats a souvent eu la réputation d'être un cercle politique de centre gauche. Il est vrai que la petite Chambre a glissé vers la gauche ces quatre dernières années. Sa valeur moyenne est passée de -2,3 à -2,8 sur une échelle allant de -10 (gauche) à +10 (droite). C'est principalement dû au fait que le PDC, qui forme les majorités dans ce conseil, s'est positionné un peu plus à gauche.

Le glissement à droite annoncé par les sondages au Conseil national ne devrait pas se vérifier au Conseil des Etats. La majorité des dix-neuf membres qui se retirent se situent plutôt à gauche de la moyenne. Huit des treize représentants du camp rose-vert ne sollicitent pas un nouveau mandat. Et le libéral-radical neuchâtelois Raphaël Comte, crédité de la note -5,7, sera vraisemblablement remplacé par Philippe Bauer, noté à 3,7 au Conseil national. Sauf surprise, la valeur moyenne du Conseil des Etats devrait se déplacer légèrement à droite en direction de l'aile droite du PDC.

Retrouvez tous nos articles consacrés aux élections fédérales

Publicité