Pour trouver ce qui distingue encore les socialistes et les Verts, il faut regarder à la loupe. Du moins si l'on en croit les données recueillies par Smartvote auprès des candidats aux élections lausannoises du 12 mars. Synthétisées, les réponses renvoyées par les candidats montrent un positionnement très semblable des deux groupes. Les socialistes sont un peu plus favorables que les Verts aux quotas de femmes en politique, à la légalisation de l'adoption par les couples homosexuels.

Les Verts verraient, eux, d'un meilleur œil l'introduction d'un péage urbain dans la capitale ou la suppression de la très controversée taxe sur les divertissements. Les toiles d'araignée de Smartvote montrent bien un peu plus d'Etat social d'un côté, un peu plus de baisse d'impôts de l'autre. Mais les réponses des deux partis ne sont jamais complètement opposées. On est dans le domaine de la nuance.

Peu de tensions

La campagne électorale elle-même ne met guère de tensions au grand jour. Tout au plus les socialistes s'agacent-ils de la propension des Verts à s'approprier le travail des autres. «Sans les socialistes, le bilan pour les crèches et le logement serait vraiment différent», souligne Grégoire Junod, le président du PS. «Lors des débats électoraux, il arrive que socialistes et Verts répondent exactement la même chose, au point qu'on leur demande pourquoi ils ne fusionnent pas», constate la libérale Françoise Longchamp. Mais quel intérêt une formation qui gagne aurait-elle à fusionner?

Sous le calme apparent, c'est la nervosité. Il existe une rivalité entre les deux groupes. Loin à la ronde, le scrutin du 12 mars sera lu à la lumière du rapport de force entre Verts et roses tout autant si ce n'est plus que du clivage gauche-droite.

A Lausanne comme ailleurs, le temps de la croissance commune est terminé. Dans la capitale vaudoise, on s'attend à ce que les Verts poursuivent sur leur pente ascendante. Pour les socialistes? La stagnation dans le meilleur des cas. Le POP ayant refusé de signer une plateforme commune, les forces de la gauche plurielle se lancent séparément pour le premier tour. Du coup, les Verts affichent leur ambition en revendiquant un second siège à la Municipalité. La principale menace sur le siège socialiste laissé libre par le départ de Jean-Jacques Schilt vient d'eux. Davantage que de la démocrate-chrétienne Adozinda Da Silva.

Un parti à la mode

Le socialiste Jean-Christophe Bourquin et le Vert Jean-Yves Pidoux, tous deux candidats à l'exécutif, offrent aux électeurs leur profil étrangement semblable de professeurs d'université, très raisonnable mais peu coloré. Tous deux appartiennent à ce que l'on appelle péjorativement la gauche caviar. Cela passe mieux chez le second, du simple fait qu'il n'est pas socialiste mais écologiste.

Parti à la mode, les Verts profitent également de l'affaiblissement du centre droit traditionnel. Ils surfent avec habileté entre leur appartenance à la majorité de gauche et leur prétention à occuper un nouveau centre.

Le syndic Daniel Brélaz a fait passer la réforme du personnel de la Ville en s'appuyant sur la droite et son propre parti. Mais il se déclare aussi volontaire pour aller si nécessaire sauver le siège de la gauche au Conseil des Etats. A Lausanne, la droite rêve de la réélection du géant Vert au premier tour. Premièrement, elle peut vivre avec. De l'autre, cela démobiliserait la gauche pour la suite.