Revers

Les Verts se préparent au combat

Le parti perd des plumes au Conseil national. Ses meneurs appellent à mener une politique plus agressive sur le terrain

Les Verts ont vu leurs craintes se confirmer dimanche: la prochaine législature s’annonce âpre pour l’écologie. Le parti perdrait cinq sièges sur quinze au Conseil national, selon les tendances encore provisoire, dimanche soir (-0,6%). Les Vert’libéraux, eux, reculent de 50% au Conseil national, avec la perte de six sièges sur douze. Ils voient également s’envoler leurs deux sièges au Conseil des Etats.

Pour Adèle Thorens, dont la voie grave trahit la déception, le scénario «catastrophe» se dessine: celui d’un «rechtsrutsch», un virage à droite du parlement.

«Avec la très forte progression de l’UDC et les pertes du centre, l’avenir s’annonce très difficile pour le bloc progressiste au parlement. Nous pouvons encore travailler avec le PLR, mais pas avec l’UDC». La coprésidente des Verts s’attend à un refus de la stratégie énergétique, mais aussi à des relations conflictuelles avec l’Europe et un «recul de la politique humanitaire de la Suisse en matière d’asile».

Plusieurs dossiers majeurs pour l’avenir environnemental de la Suisse seront sur la table au cours de la prochaine législature: sortie du nucléaire, transition énergétique, révision de la loi sur le CO2, politique agricole.

«C’est terrible, c’est l’écologie qui perd aujourd’hui», s’alarme Adèle Thorens. Le parti avait déjà senti le vent tourner, avec le rejet en automne par le Conseil national du contre-projet à leur initiative «pour une économie verte», qui vise à réduire l’empreinte écologique de la suisse.

Au conseil des Etats, la «stratégie énergétique 2050», qui doit marquer la fin de l’ère nucléaire en Suisse, a été revue à la baisse, le conseil des Etats refusant de fixer un délai pour la fermeture des centrales atomiques. Sans compter le non des sénateurs au retrait des produits alimentaires au principe du cassis de Dijon.

Signe avant-coureur d’un déclin également, la perte de 26 sièges par les Verts, dans plusieurs parlements cantonaux depuis le début de l’année (notamment à Zurich, Lucerne, Bâle campagne et au Tessin).

Ce recul généralisé pousse les Verts à revoir leur stratégie. Pour leur coprésidente, cela passera par la rue.

«Nous irons davantage devant le peuple, avec des référendums, des initiatives. Nous sommes bons dans l’opposition également: quel autre parti, avec les mêmes moyens que nous, est capable de lancer trois initiatives en l’espace de quatre ans?»

Le conseiller aux Etats genevois sortant Vert Robert Cramer, arrivé en tête dans son canton, avec la socialiste Liliane Maury Pasquier, appelle lui aussi de ses voeux l’éclosion d’un esprit plus combatif: «Nous nous préparons à aller davantage sur le terrain, à la rencontre des électeurs. L’usage des droits a bien été conçu pour faire passer des idées lorsqu’on n’est plus entendu au parlement. Nous avons besoin de davantage d’engagement de nos militants».

Autre piste évoquée par le vice-président du parti: resserrer les rangs entre écologistes. «Nous devons réfléchir à une manière de collaborer plus étroitement avec les Vert’libéraux», glisse-t-il.

Mais de leur côté, les Vert’libéraux estiment les Verts trop à gauche pour se rapprocher autrement que lors d’alliances thématiques de circonstance.

Robert Cramer regrette que les questions écologiques ne soient pas davantage prises au sérieux par les électeurs, davantage préoccupés par les conséquences du franc fort ou de l’immigration. «Hélas, puisque tous les partis partagent nos préoccupations, les électeurs pensent à tort que nous avons réglé le problème». En 2011, les Verts perdaient déjà cinq sièges au parlement, avec 8,4%, au profit des Vert’libéraux, qui rempotaient une victoire fulgurante avec 12 sièges au National.

Quatre ans plus tard, malgré une campagne énergique, le revers est d’autant plus amer qu’il concerne les deux formations écologistes. Pour Adèle Thorens, le parti n’est pas parvenu à mobiliser suffisamment son électorat. Les Verts sont, dit-elle, «victimes de leur succès»: «Nous avons réussi à sensibiliser la population sur l’importance de la responsabilité individuelle en matière d’environnement. Du coup, chacun agit à son échelle et on oublie que nous avons besoin d’un cadre institutionnel pour mener une vraie politique environnementale».

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