«Les Verts, ce n’est pas seulement le tofu et les Birkenstock», se plaisait à dire Sergio Savoia qui, en tant que coordinateur, a dirigé les Verts tessinois pendant plus de huit ans, avant de donner sa démission à deux semaines seulement des élections fédérales, créant la surprise. Sa déclaration écrite, qui accuse indirectement certains dissidents du parti de «manque de loyauté et d’honnêteté», est restée en travers de la gorge de plus d’un.

La direction que le parti a prise sous «l’ère Savoia» a créé en effet de nombreux mécontents, et plusieurs d’entre eux se sont retrouvés en désaccord, voire en rupture complète avec la présidence. Sous l’impulsion du «showman» Sergio Savoia, habile orateur sachant manier avec art également les réseaux sociaux, les Verts tessinois se sont rapprochés de la Lega sur les thèmes de l’immigration, des frontaliers ou de la politique européenne de manière générale.

Le parti est ainsi sorti de l’ombre, accroissant à la fois sa présence médiatique et son pouvoir politique. Entre 2003 et 2011, il a bondi de 2,4% à 7,8% des scrutins, ce qui lui a permis de gagner sept sièges au Grand Conseil. Il a toutefois été stoppé dans sa course aux dernières élections cantonales d’avril 2015, en perdant un fauteuil, et n’a pas répondu aux attentes aux récentes élections fédérales.

Glissement à droite

«Les Verts se sont déplacés vers la droite léguiste, mais les électeurs ont finalement préféré l’original (la Lega) à la copie», a commenté un journaliste du Corriere del Ticino. «La réalité actuelle, poursuit-il, montre un parti vidé de son sens originel et qui s’est éloigné de son nom.» Les Verts (tessinois) sont-ils encore des Verts, s’interroge-t-il.

Nous avons posé la question à la vice-présidente des Verts suisses, Adèle Thorens. «Les Verts suisses sont une fédération pouvant accueillir en son sein des sections cantonales qui ont la liberté d’exprimer des positions différentes sur certains thèmes, comme on le voit par exemple dans les mots d’ordre sur les votations», répond-elle.

«Certes, la divergence a été particulièrement forte avec les Verts tessinois sur le dossier important qu’est l’immigration, et plus concrètement sur l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse. Mais nous sommes sur la même ligne pour toutes les questions environnementales. Ainsi, nous mènerons ensemble la campagne contre le deuxième tunnel du Gothard, en votation le 28 février», poursuit-elle.

La votation du 9 février 2014 avait scellé la rupture définitive entre Sergio Savoia et sa fidèle «compagne politique» Greta Gysin, jeune députée prometteuse qui s’était ensuite retirée de l’activité politique en avançant son engagement comme maman. Les animosités entre les ex-alliés se sont poursuivies sur les réseaux sociaux, devenus de manière générale un champ de bataille privilégié pour les pro- et anti-Savoia.

Après les dernières élections cantonales, Greta Gysin et 17 autres dissidents ont exigé que les écologistes tessinois, «par souci de cohérence», quittent le parti national. Sergio Savoia laisse un parti «lacéré et en déroute», commente-t-elle aujourd’hui.


Deux sections tessinoises?

«Au sein du parti, certains pensent maintenant qu’en retournant à la «pureté originelle», nous pourrions renouer avec Dieu sait quels succès, en oubliant que nous avons commencé à avoir un poids politique en abandonnant justement notre «monothèmisme», constate de son côté la présidente du comité, Tamara Merlo, qui dénonce les manœuvres «d’épuration idéologique».
L’aile pro-Savoia semble en effet craindre que le parti (emmené par les anti-Savoia) profite du départ de leur leader pour abandonner la voie tracée jusqu’ici, et les signes d’un imminent divorce se multiplient. Autour de l’ex-coordinateur et de trois autres députés au Grand Conseil (au total donc quatre des six parlementaires) s’est formée l’«association culturelle» Noi («nous »), qui a pourtant bien vite annoncé la couleur.

«Si l’assemblée des délégués décide, le 28 novembre, de se démarquer du programme avec lequel nous nous sommes présentés aux élections cantonales, ce sera la rupture», a-t-elle menacé tout récemment. «La porte leur est ouverte», a rétorqué l’unique candidate à la succession de Sergio Savoia, la députée Michela Delcò Petralli. Elle précise néanmoins que le programme politique n’est pas à l’ordre du jour le 28 novembre.

Que pense Adèle Thorens de ces divisions? «Nous n’avons pas de problème avec la diversité. Dans certains cantons comme Berne, plusieurs partis écologistes cohabitent et font tous partie des Verts suisses. Nous pourrions donc accueillir deux sections tessinoises différentes si c’était le souhait des Verts tessinois d’aller dans ce sens, mais personnellement, je n’ai pas reçu d’information à ce propos», indique la vice-présidente des Verts suisses.

A cinq mois seulement des prochaines élections communales (avril 2016), les Verts tessinois ont plus que jamais besoin de retrouver la sérénité et d’unir leurs forces.