Forts du succès des élections fédérales en 2019, les Verts ont de l’appétit pour les communales vaudoises. Leurs listes distanciées du Parti socialiste notamment à Lausanne et à Vevey auront valeur de test et pourraient alors, en cas de succès, menacer plus durablement l’alliance de la gauche cantonale.

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«Ce ne sont pas les Verts mais les électeurs qui ont des revendications: au National, les Verts et Jeunes Verts ont fait un demi-point de plus que les socialistes et Jeunes socialistes à Lausanne et à Yverdon, compte Daniel Brélaz. L’enjeu est moins de voler de leurs propres ailes que de répondre à l’urgence de la situation climatique avec leur plan d’action. A Lausanne, tout le monde s’accorde à dire que la droite doit être représentée. Les Verts, voulant placer un troisième municipal doivent donc nécessairement le prendre aux socialistes ou au POP. Au peuple de trancher! Il y a chez tous les partis, sauf l’UDC, une volonté de se verdir pour limiter la hausse des Verts, mais aussi pour répondre aux attentes de leur électorat qui pousse dans cette direction.»

Les résultats des élections fédérales remontent à l’automne 2019. Depuis, la pandémie a peut-être redistribué les cartes électorales. Avec la crise du covid, l’inquiétude de la population est devenue un peu plus socioéconomique que purement climatique. «C’est vrai qu’en ville de Genève, les Verts avaient 7% d’avance au National, ils ont eu 1% de moins aux communales, remarque l’ancien syndic écologiste. Mais en Argovie, à Saint-Gall, en ville de Neuchâtel ou à La Chaux-de-Fonds, les progressions vertes ont, depuis, été plus marquées encore qu’au National.»

A gauche, évidemment chez les socialistes, on ne partage pas toujours cette analyse: peut-on décalquer aussi facilement les résultats fédéraux, pour lesquels le vote est souvent d’abord un soutien aux partis, sur des communales où ce sont des personnalités qui sont mises en avant?

Un électorat qui varie entre PS et Verts

La stratégie des Verts varie de ville en ville, même si, dans la majorité des cas, le parti écologiste fait liste commune avec le Parti socialiste. «Notre but n’est pas de progresser au détriment du PS, c’est avec lui qu’on arrive à atteindre des majorités, à faire passer nos projets en faveur de l’environnement, rappelle Alberto Mocchi, président des Verts vaudois. Dans l’absolu, nous souhaiterions croître avec les socialistes, mais malheureusement on a plutôt vu ces dernières années l’électorat de gauche faire des allers-retours entre le PS et les Verts.»

Au PS, on dit pour s’amuser que «le petit frère teste sa popularité»

A Lausanne, les Verts font liste seuls. Au PS, on dit pour s’amuser que «le petit frère teste sa popularité». «Ce n’est pas une volonté de s’affranchir ni de déclarer la guerre au PS, qui reste le parti le plus proche de nous, souligne Alberto Mocchi. Mais la volonté de peser autant, si ce n’est plus, qu’eux à l’exécutif mérite de tout tenter. Au second tour, la stratégie sera revue.» Reste à savoir, suivant la réponse du premier tour, si les socialistes seront d’accord de la revoir.

Xavier Company est coprésident des Vert·e·s lausannois·es et l’un des trois candidats à la municipalité de Lausanne. Il explique la stratégie de son parti par la volonté de mettre en avant les thèmes écologiques et de redonner le choix à la population. «Il y a eu une vague verte au niveau fédéral, le mandat populaire déterminera si on nous réitère cette confiance au niveau communal.» Cette stratégie a-t-elle été rendue plus dangereuse avec la crise du covid? «Je pense que l’inquiétude environnementale reste très présente dans la population. Mais il y a aussi de vraies préoccupations sociales et économiques dans notre politique. Nos dernières élues au parlement fédéral ne sont pas uniquement portées sur les questions climatiques: Léonore Porchet est une référence sur les thèmes féministes, humains et sociaux. Sophie Michaud Gigon est très active sur les questions économiques. Les Vert·e·s ont plus de cartes à jouer que le seul aspect écologique.»

Pour renverser la majorité, il faut s’allier

A Vevey, les Verts partent comme d’habitude en solo pour la municipalité, dans un paysage local qui penche à gauche. Mais c’est à la fois plus logique (on passe cette année de cinq à sept sièges, ce qui rebat les cartes) et plus complexe: la catastrophique succession des batailles fratricides à la municipalité, couronnée par la suspension durant des mois, voire des années, de certains de ses membres, ne présage pas une alliance sereine au premier tour. La première syndique verte et femme a tracé la voie, le parti local y est plus important que jamais.

Mais lorsqu’il s’agit de renverser une majorité, les Verts pensent encore qu’il faut, pour y parvenir, s’allier aux socialistes. Ainsi à Yverdon, la municipalité à majorité de droite (quatre PLR, deux PS, une Verte) a été passablement secouée et contestée durant cette législature, et elle apparaît friable. Les Verts yverdonnois présentent donc deux candidats à l’exécutif, alliés aux trois candidats socialistes. Au législatif, la stratégie est différente, les Verts pensent obtenir suffisamment d’élus au Conseil communal pour atteindre le quorum en se passant de leurs grands frères, comme ils l'ont toujours fait. Ils préfèrent faire liste commune avec Solidarité et Ecologie, ainsi que les Jeunes Verts.

Dans les autres communes du canton, l’alliance Verts-PS sera reconduite pour le moment. Cette manière des écologistes de faire cavaliers seuls quand cela les arrange laissera forcément des traces, peut-être des blessures. Le PS ne se satisfera pas éternellement d’une alliance à géométrie variable, servant, durant des années, de locomotive aux Verts, jusqu’à ce que ces derniers se sentent assez forts pour revendiquer les commandes du train. «La stratégie de désalliance au premier tour des Verts lausannois n’influencera pas la politique cantonale de la gauche majoritaire des cinq prochaines années», rassure la présidente du PS vaudois, Jessica Jaccoud, dans la perspective des élections cantonales de 2022.