Changement d'ère chez les Verts vaudois. Neuf ans après leur naissance de la fusion du Groupement pour l'environnement avec l'Alternative socialiste verte, le parti écologiste est presque devenu un parti comme les autres en renonçant à sa présidence à cinq têtes, souvenir de l'équilibre cherché à l'époque entre les deux mouvements. A Pully jeudi, son assemblée générale a plébiscité à l'unanimité Nicole Baur, 45 ans, comme seule et unique présidente.

C'est que les Verts ont fait du chemin en moins d'une décennie, et qu'il s'agit aujourd'hui de se doter de structures capables d'absorber les succès électoraux. «Le fait d'avoir de plus en plus d'élus nous incite effectivement à revoir nos structures, explique Nicole Baur. Nous avons par exemple beaucoup de conseillers communaux, et il faut harmoniser les prises de position. Mais cette réforme est un projet qui date d'il y a deux ans déjà. C'est un peu un hasard si ce processus aboutit maintenant.»

Ce qui n'est pas un hasard par contre, c'est la personnalité de l'élue, d'ailleurs seule candidate déclarée. Si Nicole Baur est peu connue du grand public, elle hante pourtant les hautes sphères de la politique cantonale: elle est, depuis deux ans et demi, la collaboratrice personnelle du conseiller d'Etat Vert François Marthaler. Un poste qu'elle quittera pour conserver une liberté de critique à l'égard du gouvernement.

Sa nomination donnera du même coup aux écologistes une porte-parole avisée et au fait du monde des médias: avant d'entrer discrètement en politique, Nicole Baur était correspondante de la Radio suisse romande au Palais fédéral, après deux ans au Salvador et en Israël pour le CICR.

Alliés à gauche et à droite

Mais sa principale qualité, c'est d'être une femme, comme elle le reconnaît elle-même. Car le parti écologiste manque cruellement de voix féminines, notamment dans les exécutifs communaux. Une gageure pour un mouvement qui a fait de l'égalité entre les sexes l'un de ses thèmes de prédilection. «Je ne pense pas que cette lacune soit la faute des Verts, se défend la nouvelle présidente. De manière générale, les femmes viennent difficilement à la politique. Parce qu'il faut s'y exprimer en public, parce qu'on ne s'y fait pas cadeau... Et on y retrouve le même problème que dans l'économie: il est très difficile de concilier des enfants et une activité.» Une conciliation que Nicole Baur devra bien trouver pour jongler entre sa présidence et ses trois enfants de 8, 12 et 14 ans.

La tâche sera d'autant moins facile que les Verts sont à un tournant important. Fini le petit mouvement bon enfant: il s'agit maintenant d'asseoir ses positions politiques, notamment en se distinguant de ses grands frères de gauche, les socialistes. Depuis plusieurs semaines d'ailleurs, les signes de rapprochements vers les radicaux centristes se multiplient, comme dans le canton de Genève.

«Il faut être clair, commente Nicole Baur. Notre allié, c'est sans conteste le PS. Mais nous ne sommes pas dogmatiques et nous pouvons aller chercher des appuis chez les radicaux, comme chez les libéraux. Ces derniers peuvent d'ailleurs avoir un discours écologique tout à fait intéressant. Même si je pense qu'une écologie de droite se heurte rapidement au marché. Je suis par exemple convaincue qu'il faut un Etat fort pour imposer des garde-fous en faveur de l'environnement.»

Un seul candidat en 2007?

Cet ancrage à gauche devrait se traduire l'année prochaine par un ticket commun pour renverser la majorité du gouvernement de centre droit. Mais il faudra pour cela que les Verts réfrènent leurs ambitions, en se contentant d'un seul candidat pour laisser la place à deux socialistes et à un popiste. «Rien n'est encore décidé. Avec un seul candidat, il y aura sans doute beaucoup de frustrations, surtout après le succès aux élections communales de mars dernier.»

Tout pourrait dépendre du candidat popiste: Marianne Huguenin, élue syndique de Renens, a définitivement jeté l'éponge. Reste Josef Zisyadis. «Ce n'est un secret pour personne: il n'est pas un grand ami des Verts, surtout depuis qu'il a essayé de nous piquer notre siège au Conseil d'Etat», remarque Nicole Baur. Une candidature du conseiller national pourrait ainsi inciter les Verts à faire cavaliers seuls.