La Sarine prendra-t-elle une teinte un peu plus verte au soir du dimanche 7 mars? Savoir si les Verts, boostés par les préoccupations liées au réchauffement climatique, auront une place au Conseil communal est en effet l’un des enjeux principaux des élections communales à Fribourg. Car si l’exécutif de la quatrième ville romande penche à gauche depuis 2006, aucun écologiste n’y siège. Aujourd’hui, il est composé de deux socialistes (le syndic Thierry Steiert et Andrea Burgener Woeffray), un chrétien-social (Pierre-Olivier Nobs), un PDC (Laurent Dietrich) et une PLR (Antoinette de Weck). Cette dernière est la seule à ne pas se représenter.

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Mais, dans un scénario un peu similaire à celui de Lausanne où on réélit également ses édiles en mars, les nouvelles ambitions écologistes n’ont pas été sans conséquences sur l’alliance de la gauche plurielle. Elles ont participé à faire éclater la stratégie de ticket unique qui avait assuré son succès dans la cité des Zaehringen depuis 2011. Les différentes formations partent donc sur des listes séparées, rendant l’élection, qui se joue à la proportionnelle, des plus ouvertes avec un total de 28 candidats pour 5 places. «Cela n’a jamais été une volonté de rompre l’alliance, explique Mirjam Ballmer, la tête de liste des Verts pour le Conseil communal. Seulement, nous n’avons pas réussi à trouver de solution qui convienne à tous.»

Légitimité des Verts

Pour Mirjam Ballmer, également coprésidente cantonale des Verts, il y a une réelle légitimité à revendiquer un siège au Conseil communal de Fribourg vu leur progression. «Nos électeurs n’attendent pas de nous une tactique pour assurer la réélection d’élus sortants, mais que nous défendions nos valeurs, appuie celle qui a connu une première carrière politique dans le canton de Bâle-Ville. Sur le thème de l’environnement, l’exécutif actuel va dans la bonne direction, mais nous pensons que nous devons aller plus vite et plus loin.»

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Pour beaucoup d’observateurs, les Verts, qui ont atteint les 20% dans le chef-lieu cantonal aux élections fédérales de 2019, ont de grandes chances de faire leur entrée à l’exécutif. La question demeure au détriment de qui? Beaucoup de regards se portent sur Pierre-Olivier Nobs, du Centre gauche – Parti chrétien-social (CG-PCS), une petite formation dont le potentiel électoral avoisine les 8%. L’homme est pleinement conscient de ce handicap arithmétique, mais veut y croire. «Chaque campagne doit être appréhendée avec modestie et chaque élection possède sa mécanique propre», philosophe-t-il.

Rien n’est joué. L’ancien artisan bijoutier indépendant de la Basse, passé notamment par les rangs de l’ATE (Association transports et environnement), vient de recevoir le soutien inattendu d’un comité ad hoc créé par des socialistes et des Verts déçus de la stratégie de désunion de leurs partis respectifs et qui appelle à voter pour l’élu sortant. «Je n’avais rien demandé, réagit ce dernier. Je prends comme un cadeau. Un tel geste aura un impact non négligeable sur le résultat», relève Pierre-Olivier Nobs.

Le PLR fragilisé

Malgré la division, certains à gauche continuent d’espérer un 4-1. Car le PLR est également fragilisé par le départ de sa conseillère sortante, l’avocate et députée Antoinette de Weck, figure du parti. «C’est le départ d’une personnalité, certes, mais notre volonté est de conserver ce siège», appuie le président cantonal Sébastien Dorthe, conscient qu’une élection en ville de Fribourg est toujours délicate pour les libéraux-radicaux. Il assure pouvoir s’appuyer sur une liste jeune, compétente, et sur un trend positif lancé par les victoires de Didier Castella au Conseil d’Etat et de Johanna Gapany aux Etats: «Elles ont fait beaucoup de bien, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du parti.»

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D’autres s’attendent à ce que la stratégie de listes séparées affaiblisse une gauche qui pourrait se cannibaliser. Une perspective qui suscite ainsi les appétits du PDC, qui brûle de regagner son deuxième siège perdu en 2011, et pourquoi pas de permettre à la droite de renverser la majorité. Un scénario peu probable, mais Damiano Lepori, président cantonal du parti, veut y croire: «Si la gauche était partie unie, il n’y aurait aucune chance. Là, les fronts ont bougé, l’opportunité existe.» Pour preuve de ses ambitions, le PDC cantonal a exceptionnellement apporté un soutien financier à la campagne électorale de sa section locale.

Vote sur la fusion en septembre

N’en demeure pas moins que le suspense restera entier jusqu’au soir du 7 mars, le scrutin promet d’être serré. Y compris le deuxième siège socialiste n’est pas garanti. Les pronostics restent difficiles. Le syndic Thierry Steiert ne s’y lancera en tout cas pas. «Je ne suis pas devin», sourit le socialiste, qui concède également que, dans une campagne tronquée par le covid, il est difficile de sentir le pouls de la population, «comme si nous étions dans une bulle». Il est également conscient que, peut-être, l’enjeu primordial pour l’avenir de sa ville se jouera dans quelques mois, le 26 septembre, avec le vote consultatif sur la fusion du Grand Fribourg. Prévu initialement en mai 2020, le scrutin a été repoussé à cause de la situation sanitaire. Le processus doit aboutir à la réunification de neuf communes qui formeraient une cité de 75 000 habitants, afin de permettre enfin d’imposer Fribourg entre la capitale bernoise et l’Arc lémanique.