Mardi, le 6 décembre, marquera les 30 ans de l’échec en votation populaire de l’Espace économique européen (EEE), un rapprochement à ce qui allait devenir l’Union européenne. Le 6 décembre 1992, la division très nette du pays entre les Alémaniques sceptiques et les Latins enthousiastes, pour un refus à 50,3%, a suscité une crise nationale. Ce dimanche, alors qu’un récent sondage montre que cette voix séduirait les Suisses (lire plus bas), le président des Vert’libéraux, Jürg Grossen, veut relancer l’accord sur EEE. «L’EEE est bien vivant», remarque-t-il, soulignant que la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein, membres de l’accord, s’en sortent très bien.

«Le non du peuple suisse il y a 30 ans a été une décision historique erronée», déclare Jürg Grossen dans un entretien diffusé dimanche par la SonntagsZeitung.

L’érosion des accords bilatéraux

Si l’accès au marché intérieur de l’UE a pu être ensuite assuré partiellement grâce aux accords bilatéraux, ces derniers s’érodent de plus en plus, remarque le conseiller national. «Les relations avec l’UE sont comme une chaudière pleine de trous. La Suisse ne peut plus se contenter de la rafistoler». Il préconise d’en racheter une neuve, ce qui correspond, pour les Vert’libéraux, à l’EEE.

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«Nous sommes dans une impasse»

Jürg Grossen doute des plans du Conseil fédéral, qui veut prolonger la voie bilatérale par de nouvelles négociations après avoir mis fin à celles sur l’accord-cadre. «Le Conseil fédéral sonde Bruxelles, s’embrouille dans les détails et n’avance pas», souligne-t-il. «Nous sommes dans une impasse».

Avec l’EEE, la Suisse disposerait d’une solution rapide et stable à long terme, assure le Bernois. «Il a été négocié et couvre, au-delà des bilatérales, l’ensemble du marché intérieur». Jürg Grossen reconnaît que tout le monde peut faire des erreurs. «Mais on doit être prêt à les corriger le moment venu».

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30 ans plus tard, 71% des Suissesses et des Suisses voteraient l’EEE

Surprise, vendredi dernier, 2 décembre: un sondage mandaté par le Mouvement européen suisse, réalisé auprès de 1010 personnes, a révélé que 71% des Suisses approuveraient actuellement l’accord sur l’EEE.

Plus de 70% de gens pour un EEE bis? Tout le monde, à commencer par le codirecteur de l’institut gfs.bern Lukas Golder, a été surpris par un tel plébiscite. Jusqu’ici, tous les sondages avaient montré l’attachement des Suisses à la relation bilatérale avec l’UE, juridiquement stable et pragmatique, mais jamais dans une telle proportion. Cependant, le cumul des crises qui se chevauchent désormais – pandémie, réchauffement climatique et guerre en Europe – crée un contexte d’insécurité qui renforce la nécessité d’une action collective, et donc forcément continentale.

Les avis positifs traversent tous les âges et toutes les couches de la population. Les jeunes (70%) comme les plus de 65 ans (77%) plébisciteraient un EEE bis. La même tendance se dessine des bas revenus (61% pour les moins de 3000 francs par mois) aux salaires les plus élevés (83% chez les plus de 9000 francs par mois).

Notre article: Les Suisses plébisciteraient un nouvel accord sur l’EEE