Quelle mouche les a piqués? A Neuchâtel, la question revient souvent quand on évoque le choix des dirigeants de l'équipe du Portugal de s'installer à l'Hôtel Beau-Rivage pendant la durée de l'Eurofoot. Situé au bord du lac à proximité immédiate du centre-ville, le cinq-étoiles ne dispose en effet pas de la même tranquillité et du même dégagement que les hôtels choisis habituellement par les sélections nationales.

Selon Delfim Santos, responsable de la sécurité de l'hôtel et accessoirement supporter portugais, deux paramètres ont convaincu ses compatriotes: une situation géographique idéale, à mi-chemin entre Bâle et Genève, villes où la «Selecção» jouera ses trois matches du premier tour; la certitude que l'équipe et son encadrement, soit cinquante personnes, dispose de manière exclusive du palace et de ses 65 chambres.

Accès strictement limité

En raison de sa localisation particulière, le vénérable hôtel construit en 1862 sur les remblais du delta du Seyon aura des airs de camp retranché. Son accès sera strictement limité par une dizaine d'agents de sécurité privée. Des barrières bâchées de deux mètres de haut seront installées autour du bâtiment, sur l'esplanade du Mont-Blanc, le quai Osterwald et la rue du Môle. Des bouées et des cordes seront installées à 300 mètres de la rive pour signifier l'interdiction de naviguer dans le secteur.

Renforcées par un plan de circulation très restrictif et l'interdiction totale de klaxonner au centre-ville, ces mesures doivent permettre aux Portugais de vivre le Championnat d'Europe des nations dans la sérénité. Le Beau-Rivage, racheté en 2004 par l'horloger Yves Piaget, est prêt à relever le défi. Sans que cela ne révolutionne les habitudes du personnel: la délégation portugaise a jugé qu'aucun aménagement d'envergure n'était nécessaire pour sa venue, prévue le 1er juin.

En attendant, Delfim Santos trépigne. Quand il fait visiter l'hôtel, il se contient pour masquer une ferveur peu en phase avec la discrétion et la retenue qu'exige sa profession. Il commence par nous emmener au fitness, au sous-sol. L'endroit est désert. Il le restera. «L'espace que nous proposons est trop petit, précise-t-il. L'équipe viendra avec son propre matériel, qu'elle installera dans une autre partie de l'hôtel.»

«Une expérience merveilleuse»

Le spa, le hammam et les salles de massages qui entourent le fitness seront en revanche utilisés tel quel. Un des trois salons adjacents pourrait faire office de salle de théorie avant les matches. «C'est un point qui doit encore être précisé», reprend, prudent, le responsable, qui jouera le rôle d'officier de liaison pour l'UEFA durant le séjour de ses compatriotes. Il évoque l'expérience avec gourmandise: «Quand j'ai appris que j'étais retenu pour le poste, je n'y croyais pas. Pour un Portugais amateur de foot, c'est une expérience merveilleuse.»

A quelques mètres de là, c'est l'effervescence. Il est midi moins le quart et la brigade du chef Jean-Baptiste Molinari s'apprête à servir plus de 100 couverts à des participants à un séminaire. Ancien collaborateur d'Alain Ducasse à Monte-Carlo, le cuisinier a passé une partie de sa carrière à Dromoland Castle, un des cinq-étoiles les plus réputés d'Irlande. Quinze ans plus tard, il a gardé une pointe d'accent gaélique. «Nous collaborerons avec les deux cuisiniers rattachés à l'équipe. Il y aura un partage, cela s'annonce très sympathique. Ici, on n'a pas trop l'habitude de cuisiner pour des sportifs. On fera beaucoup de pâtes. On a aussi prévu de faire un barbecue au bord du lac pour que les joueurs se sentent à la maison.»

Située côté nord, l'entrée du Beau-Rivage sera une zone sensible. L'accès sera interdit à toute personne non invitée par la fédération portugaise. En plus des agents de sécurité privée, des policiers portugais seront présents à l'intérieur de l'hôtel pour s'assurer que personne n'entrave la tranquillité des joueurs.

Bar et trottinette

Avec leurs murs jaunes clairs et leur épaisse moquette, les chambres du Beau-Rivage offrent tout le confort qu'exige leur rang. Au traditionnel écran plat, au bar et au coin salon s'ajoute une originalité: une trottinette micro destinée à faciliter les déplacements des clients de l'hôtel dans la zone piétonne du centre-ville. Pendant l'Euro, leur rayon d'action sera limité à l'esplanade du Mont-Blanc.

Pour se rendre au stade de la Maladière, où elle s'entraînera, l'équipe du Portugal voyagera en car et non en bateau, comme cela avait été évoqué. Les embarquements et débarquements auront lieux derrière les bâches de la rue du Môle. Pendant les transferts, la circulation sera brièvement interrompue et le convoi précédé par des motos de police. «Il n'y aura pas de feu bleu et il n'est pas question de circuler à vive allure», précise le commandant de la police locale, Jean-Louis Francey.

Directeur général du Beau-Rivage, Thomas Maechler est serein même si, avoue-t-il, l'hôtel «va perdre un peu d'argent dans l'aventure», juin étant un mois chargé. Les habitués de l'hôtel - qui représentent 80% de la clientèle - ont fait contre mauvaise fortune bon cœur. Informés il y a huit mois, ils ont avancé ou retardé leur séjour. «Ils se rendent bien compte que pour nous, c'est une opportunité à ne pas manquer», reprend le directeur.

«Si Ronaldo se baigne...»

L'attitude des supporters devant les entrées est le seul point qui inquiète un peu Thomas Maechler. «Il y a aussi le lac. C'est un espace grand ouvert qu'il est difficile de sécuriser totalement. Si Cristiano Ronaldo décidait de prendre un bain, on ne sait pas ce qui peut se passer...» Heureusement, le risque semble limité: début juin, la température de l'eau dépasse rarement 17 degrés.