Un vent de fronde souffle au Parti libéral-radical (PLR). Comme l’a révélé Le Matin Dimanche, des élus romands s’élèvent contre le document sur l’immigration présenté début janvier. Il veut limiter les regroupements familiaux, accélérer les procédures d’asile et limiter les permis de séjour. Opposées à un texte qui heurte leurs valeurs, plusieurs personnalités du parti – dont Pierre Maudet, Sylvie Perrinjaquet, Dick Marty et Claude Ruey – ont signé un manifeste pour corriger le tir. La thématique sera abordée lors de l’assemblée des délégués du parti, le 12 février prochain, à Zurich.

Le Temps: Pourquoi une réaction trois semaines après la publication du document?

Claude Ruey: Il a été présenté pendant les vacances ou presque. Il nous a fallu un peu de temps. Avec la forte mobilisation d’élus et de responsables cantonaux de toute la Suisse romande, nous avons décidé de rédiger un manifeste pour dire notre désaccord.

– Qu’est-ce qui vous choque dans ce texte?

– Le style et la manière. Sans forcer le trait, le document dit ceci: «L’étranger est une nuisance, sauf quand il nous est utile économiquement! Il faut donc tout faire pour limiter son arrivée en Suisse.» Il prévoit aussi d’empêcher le regroupement familial sans faire de différence entre les étrangers des pays voisins et les réfugiés statutaires. C’est aberrant. Contrairement à un travailleur allemand, un réfugié ne peut pas aller dans son pays pour voir ses enfants. Il faut faire une distinction.

– Le président du PLR, Fulvio Pelli, considère que vos critiques sont «moralisatrices», que le parti «ne doit pas fermer les yeux».

– Nous avons des valeurs et une morale et on le revendique. Dire qu’on ne voit pas les problèmes est faux. On veut simplement éviter les amalgames. On refuse le principe de mettre tout le monde en prison sous prétexte qu’il y a des voleurs. Cela foule aux pieds les valeurs libérales.

– Après l’Europe, l’immigration: le PLR s’aligne-t-il sur l’UDC?

– La position sur l’Europe, avec l’abandon de l’objectif d’une adhésion, donne à réfléchir. Il y a une tendance qui va dans ce sens en Suisse alémanique, mais elle n’est pas unanime. Sur l’immigration, on réagit avec plus de netteté. On verra ce qui ressort de l’assemblée du 12 février.

– La mise au jour de ces lignes de fracture tombe mal alors que commence la campagne pour les élections fédérales d’octobre…

– Le parti aurait été avisé de ne pas faire de conférence de presse sur ce document. On ne peut pas se taire sous prétexte que c’est une année électorale. Je veux pouvoir me regarder dans la glace quand je me rase le matin.