Traditionnellement animé, le Conseil communal de Vevey promet de l'être particulièrement ce soir. Les élus doivent se prononcer sur l'engagement de neuf nouveaux gardes municipaux, qui viendraient «renforcer la présence uniformée dans le terrain, et le sentiment de sécurité de la population». Intervenant après une série d'agressions et une rixe mortelle, en plein jour au cœur de la ville, la proposition succède au recours, évoqué dans un premier temps par le syndic Dominique Rigot, à des agents de sécurité privés. Alors que la Riviera expérimente depuis un an l'intégration des polices communales et de la gendarmerie cantonale, le projet résonne surtout comme une virulente critique de «Police 2000», vaste entreprise de réorganisation policière entamée dans le canton de Vaud.

«Je dois agir, je ne peux pas me contenter de dire aux gens que c'est la faute au canton et qu'ils doivent prendre leur mal en patience», insiste Dominique Rigot. Le syndic ne se laisse pas démonter: «C'est une question d'image. Je ne peux laisser davantage se dégrader celle de Vevey, alors qu'il y a enfin un renouveau immobilier et la construction de nombreux appartements destinés à des familles.» De ses futurs gardes municipaux, il attend «qu'ils soient présents sur le domaine public, qu'ils cherchent le contact avec ceux qui posent des problèmes». Bref qu'ils assurent cette fameuse «proximité policière» dont Vevey déplore l'affaiblissement depuis le lancement de Police 2000.

Tant pis si cela revient – car les gardes municipaux ont peu de compétences répressives, ne sont pas armés et ne peuvent arrêter quelqu'un – à recréer cette «police à deux vitesses» dont le canton entendait se débarrasser. Des uniformes devront faire appel à d'autres dès que l'intervention deviendra sérieuse. «Il s'agit de réduire les incivilités», insiste Dominique Rigot, qui se défend de vouloir condamner la réforme. «L'expérience doit aller à son terme avant d'être jugée, c'est pour cela que Vevey n'entend pas sortir de Police 2000. A part cela, oui, il s'agit de faire pression, de dénoncer une carence.» Et c'est pour cela que Vevey ne consacrera pas les 375 000 francs demandés (pour une demi-année) à l'engagement de vrais policiers, qui auraient alors travaillé sur toute la région. Les autorités veulent «leurs» uniformes, en toute souveraineté.

«On ne peut plus imaginer une sécurité micro-locale, les problèmes ne sont plus à cette échelle», riposte Denis Froidevaux, responsable de Police 2000, qui rappelle tous les travaux préparatoires ayant conduit à la réforme. A son sens, ajoute-t-il, «il est totalement inutile de rajouter une strate de personnel sans capacité d'action plutôt que d'affecter des moyens à des gens formés». S'il reconnaît que, à l'inverse des interventions de police-secours, le quadrillage du territoire a des faiblesses, il impute les lacunes de la proximité à une situation historique. «Il y avait un retard à Vevey, où les effectifs n'avaient pas été réadaptés.» Pour autant, il ne veut pas voir dans le projet débattu ce soir un coup de poignard: «Ce sont des moyens qui seraient indépendants des nôtres.»

Fondamentalement, et dans un contexte très émotionnel où les affrontements politiques sont vifs, ce sont bien les limites d'une certaine autonomie communale en matière de sécurité qui seront testées ce soir à Vevey. Opposés au crédit, les socialistes annoncent un rapport de minorité dans lequel ils jugent que les mesures policières «ne peuvent être prises qu'à l'échelle régionale». Et ils se disant convaincus qu'on ne peut plus retourner en arrière.

Dans les deux autres zones

pilotes policières du canton – qui n'ont pas vécu les crises veveysannes – l'intégration des polices communales et cantonales cause peu de heurts. «On souhaite un peu plus de proximité, mais cela fonctionne et la collaboration se passe bien avec la gendarmerie», note François Paccaux, municipal de police d'Echallens. Au Conseil communal, le changement a jusqu'ici été l'objet de peu de remarques. Son homologue d'Yverdon, Jean-Daniel Carrard, se dit «politiquement satisfait» en soulignant que l'apport de policiers communaux pour les interventions de police-secours a été compensé par l'engagement de gendarmes dans la police de proximité.

Il n'empêche. Les projets veveysans pourraient éveiller des velléités autarciques dans d'autres villes, d'autant que le canton ne peut apaiser les récriminations en mettant simplement plus de moyens à disposition. La gendarmerie estime qu'il lui manque une centaine d'hommes, alors que les plans d'économie du Château supposent qu'elle perde une trentaine de postes. Même si les services administratifs seront touchés, ce n'est pas le redéploiement réclamé à cors et à cris à Vevey.