Quatorze candidats pour la municipalité, où l’on se dispute cinq fauteuils. Huit partis et des centaines d’aspirants au parlement communal. L’embouteillage menace Vevey. Les élections communales du 13 mars suscitent les appétits, alimentent les vocations.

Les appelés s’entassent au centre-ville. Véritable casse-tête. Depuis le refus du parlement en 2009 de creuser un parking sous la place du Marché, les idées prolifèrent pour canaliser le trafic et contenter les commerçants. Droite, gauche, indépendants gesticulent au milieu des artères bouchées de la localité de la Riviera vaudoise.

L’exécutif de la commune est dominé par les socialistes. Jérôme Christen, champion de Vevey Libre, fils de l’ancien syndic Yves – qui fut aussi président du Conseil national –, joue sa partition en toute autonomie. Une libérale défend, esseulée, le centre droit, défait en 2006 après une législature calamiteuse.

En mars, trois PS, trois PLR, deux Vevey Libre, deux PDC, une Verte, un UDC, un indépendant (transfuge de Vevey Libre) et un champion de la décroissance vont en découdre. Au premier tour, chacun fera bande à part. Au second, on se rassemblera suivant les résultats et les besoins. Les socialistes entendent conserver leurs trois strapontins. Vevey Libre voudrait se dédoubler. Les libéraux-radicaux espèrent reconquérir un siège. Les autres comptent troubler le ménage à trois de la municipalité veveysanne.

Au parlement, 30 socialistes, 6 écolos et 8 Alternatives (auparavant Solidarités) font jeu égal avec 26 PLR, 8 PDC et 8 UDC, 44 à 43. Vevey Libre (13) se tient au milieu et arbitre les joutes communales. Ce dernier veut grossir ses rangs, tout comme l’UDC.

La patinoire en plastique finalement écartée sur la place du Marché ou le sort du château de l’Aile font jaser la ville. La fusion des dix communes du littoral, Montreux compris, assemblant une métropole de 70 000 citadins, sponsorisée par le syndic socialiste Laurent Baillif, agite la Riviera.

Pourtant, le sujet qui désespère les partis, soulève les foules, angoisse les urbanistes, est bel et bien la circulation au centre de Vevey. Pour faire court, il s’agit d’articuler le transit est-ouest avec les navettes nord-sud en passant par la gare CFF. La commune, à l’étroit avec ses 18 500 habitants, peine à ordonner la ronde incessante des véhicules ainsi que leur stationnement. Or, en attendant un plan de circulation qui tarde, des mesures ponctuelles aménagent au mieux la chaussée sans satisfaire vraiment.

Le mécontentement est tel qu’il pourrait coûter des voix à la majorité, voire à Jérôme Christen, responsable du dossier. On leur reproche l’absence d’un plan de circulation et d’urbanisation promis de longue date. Il faudrait une approche globale, intégrée dans le projet d’agglomération qui se prépare, détaille la Verte Eline Leimgruber, candidate à l’exécutif.

Du coup, tout le monde imagine parcours et parkings. Il y a la vision douce, municipale. «L’accès des voitures en ville doit être dicté par les piétons», résume Laurent Baillif. On construira ou on agrandira des aires de stationnement près de la gare CFF et en périphérie afin de désengorger le centre, schématise Vevey Libre.

Il y a les versions conquérantes. Le PLR imagine deux parkings souterrains reliés par un tunnel, sous les voies et sous la place du Marché. Le passage d’est en ouest se ferait en plein air, le croisement sud/nord serait enfoui sous le macadam. Pierre Clément, candidat à la municipalité, évoque un accord de principe pour un partenariat public/privé assurant le financement du projet. L’UDC, explique Fabienne Despot, conseillère communale et députée, envisage de contourner le centre par le nord et de créer des places de stationnement aux abords de la gare CFF.

Il y a les réalistes. Vladimir d’Angelo dénonce le labyrinthe actuel. Si l’on veut que les commerces du bourg, grands et petits, prospèrent, prétend le candidat PDC, il faut que les voitures puissent s’y rendre et s’y parquer.

Finalement, il y a l’envie de rupture. Yvan Luccarini, en solo sous l’étiquette Point de départ, postule un frein à la croissance, un rapprochement des producteurs et des consommateurs de manière à réduire naturellement le grand huit des hommes et des marchandises.

Les cercles vicieux de la circulation n’occultent pas une autre ambition de Vevey, ville d’images. Michel Berney, qui brigue en indépendant une place municipale, suggère de frapper un «grand coup» dans la formation aux nouvelles technologies. La commune, qui a su se reconvertir après l’effondrement des Ateliers mécaniques, peut faire davantage, croit le directeur bientôt à la retraite du Centre d’enseignement professionnel de Vevey. Pierre Clément est plus explicite: il est temps de créer sur la Riviera une haute école spécialisée (HES) consacrée aux métiers de la communication.

Le mécontentement pourrait coûter des voix à la majorité