Les témoins de l'incendie de Gilamont-Village à Vevey ne sont pas prêts de l'oublier. Le 23 février 1999, le feu prenait au beau milieu de ce complexe de soixante logements subventionnés, composé de neuf immeubles mitoyens de cinq niveaux lovés dans la boucle d'une route très passante. Très rapidement, l'un de ces immeubles était entièrement la proie des flammes, piégeant certains locataires qui cherchaient leur salut en s'enfuyant par la façade. En regard de ce brasier, le bilan de douze blessés, dont trois sérieux, s'avérait comme heureusement modeste. Ce qui n'empêchait pas une violente polémique de se développer à propos des caractéristiques de construction du complexe, réalisé en 1995, et qui était le premier de cette taille en Europe à reposer sur une structure mixte bois-béton.

Dix-huit mois plus tard, cette polémique s'avère close. Commencée hier, la reconstruction des trois immeubles rasés à la suite du sinistre mariera à nouveau le bois et le béton. «En cas de feu, la résistance du bois à un effondrement est supérieure à celle de l'acier. Nous n'avons par conséquent aucune méfiance particulière envers le bois», souligne à ce sujet Marc-Olivier Burdet, directeur de la division de prévention de l'Etablissement cantonal d'assurance (ECA). Au terme d'un incendie qui avait duré près de dix heures, les dalles lamellées-clouées de Gilamont n'avaient d'ailleurs guère perdu plus de 10% de leur épaisseur. Dans ce domaine particulier, les normes et directives de l'Association des établissements d'assurance n'ont donc pas été renforcées.

Une série d'adaptations ont néanmoins été réclamées. Les surfaces en bois des façades ont été remplacées par des matériaux incombustibles alors que celles des plafonds seront recouvertes de plaques également incombustibles. Un travail qui a aussi été réalisé dans les parties du complexe épargnées par l'incendie. «Il s'agit d'entraver autant que possible une propagation de flammes», explique l'architecte Gilles Bellmann. Mises en cause dans l'accumulation des fumées, les verrières qui jouent un rôle anti-bruit au nord de l'immeuble seront toutes dotées de panneaux ouvrants. Des précautions supplémentaires ont été prises en ce qui concerne l'équipement de défense-incendie, alors que les escaliers de secours seront plus nombreux.

Aménagements et reconstruction représentent un coût de 6 millions de francs, supérieur de 2,6 millions à ce que remboursera l'ECA, mais la coopérative d'habitation de Gilamont a trouvé le financement. Ses locataires lui sont restés fidèles en dépit de l'incendie, et plusieurs de ceux qui y ont perdu leur logement ont réservé un appartement dans les futurs bâtiments.