Fête des Vignerons

Vevey dans l’ivresse d’une fête réussie

La fête des vignerons-tâcherons a attiré 1,1 million de visiteurs et spectateurs. Un succès, même si la question financière reste ouverte

Une dernière fois le Ranz des vaches et une dernière fois le public debout, ovationnant les 5500 acteurs-figurants et les 900 choristes. La douzième Fête des Vignerons est finie et, de l’avis quasi unanime, elle fut belle. Mais au-delà des souvenirs impérissables qu’elle laissera dans les mémoires, la Confrérie des Vignerons s’est dans un premier temps contentée d’une «prise de température plutôt que d’un premier bilan», ainsi que l’a précisé l’abbé-président François Margot. Et les premiers chiffres sont encourageants: 1,1 million de visiteurs et spectateurs ont rallié Vevey, l’un des 52 «endroits incontournables» en 2019 selon le New York Times. Les 20 spectacles n’ont pas affiché complet, mais ont tout de même attiré 375 000 personnes, ceux du soir étant plébiscités avec un taux de remplissage de 92%. 420 000 billets étaient disponibles, soit 65 000 invendus.

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«En état de lévitation»

«Nous sommes en état de lévitation», a avoué François Margot. Entre l’ivresse d’une fête réussie et une fatigue certaine, les habitants de la région étaient déchirés. Mais le premier sentiment l’emportait largement. «J’ai assisté à quatre spectacles cette année et la dernière fois, j’ai pleuré du début à la fin. C’était magnifique, magique, féerique», témoigne Lisiane Henrioud, l’une des consœurs de la Confrérie des Vignerons. Coiffé de sa couronne glanée en 1999, le vigneron-tâcheron Jean-Daniel Crausaz (74 ans), qui vivait sa quatrième fête depuis 1955, partageait cette impression. «Nous avons pleinement vécu l’esprit de la fête, le partage des émotions au sein de la communauté. Quand c’est du bonheur, il se multiplie par cent et quand c’est du malheur, il se fait moins lourd à porter.»

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A l’évidence, la magie collective a opéré, mais bien au-delà de l’Arc lémanique. Les journées cantonales, qui étaient une première, ont cartonné, même si c’est celle de la Confédération qui a été la plus fréquentée: 100 000 personnes, dont un président euphorique – Ueli Maurer –, porté en triomphe comme s’il avait été couronné roi de la lutte. Parmi les mille journalistes accrédités figuraient 70 représentants de médias étrangers, dont une agence de presse chinoise. C’est dire qu’ils ont fait rayonner la fête dans le monde entier.

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«Une folie rare»

Nul doute que le metteur en scène Daniele Finzi Pasca, globe-trotter depuis sa tendre jeunesse, y contribuera lui aussi. «Je témoignerai que j’ai rencontré à Vevey des fous joyeux qui organisent une fête extraordinaire non pas pour eux, mais pour les autres. Une telle folie, c’est rare.» Quant au directeur exécutif Frédéric Hohl, qui avait déjà assumé une fonction dirigeante lors de la dernière exposition nationale dans la région des Trois-Lacs, il a souligné le besoin de se rencontrer qu’éprouvent les Suisses. «Il faut soutenir ces grands événements festifs qui sont rassembleurs, avec l’aide des pouvoirs publics si nécessaire.»

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La fête étant finie, il reste à boucler les comptes. Sur ce point délicat, l’abbé-président François Margot est resté très discret. Roulant cette fois sur un budget de 100 millions, la fête a toujours été bénéficiaire jusqu’ici. Mais comme elle n’a pas affiché complet, certains ont craint qu’elle ne plonge dans le rouge, au point qu’un journaliste a posé la question d’une éventuelle garantie de déficit du canton de Vaud. A voir l’air avec lequel François Margot a jugé la question saugrenue, il faut croire qu’il n’y songe pas un instant!

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