Vaud

Vevey s'enfonce dans la crise politique

Un jour après l'annonce d'une médiation du canton à la municipalité de Vevey, deux de ses membres déclarent quitter la procédure. Les difficultés de l'exécutif communal semblent être appelées à se prolonger

Les municipaux de «Vevey Libre» (VL), Jérôme Christen et Michel Agnant, refusent la poursuite d’une médiation cantonale. Alors que la ville annonçait mardi avoir saisi le Département des institutions et de la sécurité du canton afin de «résoudre des difficultés de fonctionnement» au sein de l’exécutif municipal, les deux politiciens ont annoncé le lendemain, mercredi, ne plus vouloir y participer. C’est la nature du communiqué paru mardi qui les amène à quitter la démarche.

Le contenu du texte, qui évoque un «non-respect des règles régissant le fonctionnement d’un collège exécutif» ne cite personne. Pourtant pas de doute selon les deux politiciens réunis mercredi en conférence de presse, c’est «Vevey Libre» qui est visé. Or, relèvent-ils, la médiatrice a «cautionné le contenu puisqu'elle est au bas du texte», ajoutant qu’à partir de là «la confiance est rompue». Retour sur l’envenimement d’une atmosphère déjà toxique.

«What you see is what you get»

Quelle est la source du problème? Selon Jérôme Christen, attablé avec son collègue face aux journalistes, c’est un règlement de compte politique. Des bâtons seraient mis dans les roues de Michel Agnant, politicien inexpérimenté élu en mars 2016, dont le dicastère ne serait «toujours pas opérationnel». Solidaire, il se range aux côtés de son camarade de parti et s’insurge contre «l’acharnement à vouloir l’empêcher de faire son travail». En ce qui concerne la décision de quitter la médiation en cours, le politicien affirme avoir informé la syndique, Elina Leimgruber (Les Verts), que la distribution du communiqué de mardi entraînerait le retrait des députés VL du processus.

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Assis à ses côtés, Michel Agnant évoque des «paroles non respectées» et affirme que «tout le monde sait où réside le problème». Enigmatique, il invoque pêle-mêle la «noblesse de la politique», cite Épicure, proclame que «la plupart des problèmes que connaît le monde résultent d’un déficit culturel», prend à témoin la «connaissance des Lumières» et conclut par une réflexion mystérieuse en anglais: «what you see is what you get». Précisant quasi-systématiquement la pensée de son camarade de parti visiblement peu habitué à l’exercice, Jérôme Christen défend «un collègue dont la vision plus philosophique participe à élever le débat».

Et sans médiation, quelle suite? Jérôme Christen prône la continuité. Les services fonctionnent et les projets avancent tout de même, affirme-t-il: «On a l’impression que la ville est paralysée, mais il n’en est rien.»

L’incompréhension domine

Syndique d’un exécutif bien turbulent, Elina Leimgruber défend la décision d’informer sur le processus de médiation cantonale pour «répondre aux rumeurs et clarifier la situation». Le communiqué a été distribué à tout l’exécutif avant sa parution, explique-t-elle, «sans remarques de la part de Vevey Libre». Elle confirme avoir postérieurement reçu «un mail d’avocat» lui enjoignant de ne pas envoyer la missive et, sans bien comprendre cette manière de procéder, avoir décidé de tout de même procéder à son envoi. Positive, la syndique déclare n’avoir pour le moment pas été formellement avisée du retrait de Jérôme Christen et Michel Agnant de la médiation en cours. Elle conclut, philosophe: «On rediscutera de tout ça l’année prochaine».

Réactif, le PS veveysan s’est fendu d’un communiqué intitulé «Et la terre brûla…» dans lequel le parti condamne une action qui enterre «toute chance d’amélioration du climat de travail». La droite est, quant à elle, restée muette. Joint par téléphone, Patrick Bertschy, chef de groupe PLR, indique simplement souhaiter «un retour du pragmatisme et un peu de sérieux à la municipalité». Si la collaboration est inconcevable, il est possible de démissionner et de réorganiser des élections, ajoute le conseiller communal.

«Réexaminer la situation au calme»

Préfète de Lausanne et médiatrice désignée pour mettre de l’ordre dans la confusion veveysanne, Clarisse Schumacher Petoud temporise et propose de «digérer la chose et réexaminer la situation au calme». Quant au communiqué qui a mis le feu au poudre, elle confirme l’avoir lu mais nie l’avoir signé. «Mon nom y figurait en cas de questions, le texte n’est pas de moi». Elle confie toutefois n’avoir «peut-être pas pesé les conséquences» qu’aurait la présence de son nom sur le document.

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