Justice

A Vevey, une mère et son fils jugés pour un parricide au scénario terrifiant

Le Tribunal criminel de l’Est vaudois se penche sur un désastre familial. Le retraité de Villeneuve a été tué par sa fille et son petit-fils. Prévenu d’assassinat, le duo s’est acharné sur le vieil homme. Récit d’audience

La dernière image que le vieux Marcel a emportée avec lui dans la tombe, c’est la détermination de sa fille et de son petit-fils à le tuer. Poussé dans l’escalier, frappé à coups de canne et de parapluie par ce duo déchaîné, étranglé avec une écharpe, l’octogénaire a encore eu la force de dire au gamin: «Ne fais pas ça Quentin, tu vas aller en prison.» Mais le jeune homme, encouragé par la dynamique destructrice de sa mère, Thérèse, ne s’arrêtera pas. «Ces images me hantent», confie-t-il au Tribunal criminel de l’Est vaudois qui tente depuis mardi de comprendre les ressorts de ce parricide.

«C’était lui ou moi»

«Vous demandez à votre fils de 20 ans de vous accompagner pour tuer son grand-père!?!» Cette remarque de la présidente résume l’incompréhension suscitée par cette affaire d’où transpire un mélange de cupidité, de rancœur et de fureur. «Aujourd’hui, je réalise que j’ai détruit la vie de mon fils. C’est terrible. A l’époque, j’étais incapable de raisonner ainsi. J’avais besoin d’aide pour parvenir à mes fins alors j’ai insisté.»

Sur le banc des prévenus, Thérèse, sociologue reconvertie dans les soins à ses parents, et Quentin, étudiant dont l’enfance a été marquée par le suicide de son père, justifient le pire par les affronts répétés, versent des larmes et parlent de remords. «Je regrette beaucoup d’avoir tué mon père mais c’était une alternative pour survivre. C’était lui ou moi», résume la quinquagénaire en dépeignant un homme tyrannique, maléfique, toujours insatisfait, radin et égocentrique. Thérèse ajoute encore avoir subi des abus durant sa jeunesse et en vouloir à ce père qui négligeait sa mère.

L’affront de trop

Que s’est-il passé ce 5 novembre 2014 pour que les prévenus en arrivent au crime? Marcel, 83 ans, gravement diminué après une lourde opération, veuf depuis bientôt un an, déjeune chez ses proches. A table, une discussion s’envenime autour de la maison de Vevey. Thérèse, qui a déjà fabriqué deux faux testaments au nom de sa mère, estime qu’elle a droit à cette demeure. Le retraité, ancien cadre d’entreprise et ex-conseiller communal, ne veut rien entendre. Une affaire de remariage revient sur le tapis. Il dit vouloir épouser «une pute», rien que pour inquiéter sa fille. «Ils nous a traités de voleurs et de profiteurs, cela m’a fait trop mal. J’ai toujours cru qu’il était fier de moi et je réalisais que ma mère avait raison», raconte Quentin.

Le jeune homme monte ruminer la désillusion dans sa chambre alors que Thérèse conduit son père à une séance de physiothérapie. C’est en l’attendant qu’elle se décide au pire. «J’ai toujours cherché à lui faire plaisir pour qu’il m’aime et me valorise, mais cela n’allait jamais. Il m’a d’abord dit que c’était hors de question et qu’il n’allait pas se salir les mains.» Un mois avant, elle avait déjà évoqué avec lui ce scénario sans aller plus loin.

Rentrée chez elle, Thérèse persiste cette fois dans son plan macabre. «Elle allait mal, elle m’a dit que c’était un monstre et qu’elle ne le supportait plus. Elle avait peur de ne pas arriver à le tuer toute seule et craignait sa réaction. Je n’aurais pas supporté de vivre avec la mort de ma mère sur la conscience. Je devais déjà faire avec le suicide de mon père. Il fallait que je sois présent pour la protéger et la sauver car elle semblait vraiment déterminée», avance Quentin. «Elle qui voulait quand même tuer votre grand-père», fait remarquer la présidente.

Des préparatifs au crime

Le même soir, retient l’acte d’accusation du procureur Hervé Nicod, le duo enfile des habits sombres, prend des gants, laisse les téléphones portables à la maison de Saint-Légier, se rend au domicile de Marcel à Villeneuve, gare la voiture en contrebas et marche vingt minutes sous la pluie. Thérèse sonne à la porte et prétexte une tentative de suicide de Quentin pour attirer le vieil homme à l’extérieur. Le fils surgit alors de sa cachette, un simple regard suffit et tous deux poussent le retraité dans l’escalier en pierre qui jouxte la maison. «Il a tendu les bras et a volé jusqu’en bas des treize marches sans se blesser», précise la prévenue.

Loin de s’arrêter, Thérèse tend la canne médicale à son fils et s’empare elle-même d’un parapluie. Le jeune homme frappe son grand-papa, comme il l’appelle, dans «une sorte d’explosion de haine, de colère et de désespoir». Les objets se brisent sous la violence des coups mais le vieil homme résiste toujours. L’alarme à son poignet se déclenche. Thérèse va alors chercher une écharpe suspendue dans l’entrée, celle que Quentin a offerte à la victime pour Noël. Elle essaye d’étrangler son père, n’y arrive pas, et demande finalement à son fils de serrer de toutes ses forces pour l’achever.

Télé et vodka

Coupant à travers le vignoble pour regagner leur voiture, ils se débarrassent d’une partie de leurs effets dans une poubelle des environs, puis dans la bien nommée rivière l'«Eau Froide». «Sur le chemin du retour, rien n’a été dit», soutient Quentin. «Une fois arrivé à la maison, des voisins ont appelé pour donner l’alerte alors ma mère est repartie à Villeneuve. Je suis allé jeter ce qui restait dans le sac. Ensuite, j’ai regardé la télévision et j’ai bu de la vodka.»

Confondus et arrêtés environ six semaines après le crime, Thérèse, défendue par Me Stefan Disch et Valérie Pache Havel, et Quentin, représenté par Me Patrick Michod, sont jugés pour assassinat. Le procès se poursuit mercredi avec l’audition des experts psychiatres chargés d’éclairer les contours de cette complicité malfaisante.

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