Valais

De Vex à Nendaz, la réduction des terrains à bâtir empoisonne les élections

Élus ce dimanche, les prochains exécutifs municipaux devront déclasser de nombreuses zones constructibles. A Vex, la loi sur l’aménagement du territoire a fait exploser les alliances politiques historiques. A Nendaz, elle semble profiter au président

En face de la maison de commune de Vex, un cube de béton qui jouxte un chalet de bois, la banderole de la nouvelle alliance communale vante «une politique sans privilège». En février dernier, le président indépendant Danny Défago, a décidé de bloquer 80% des zones à bâtir du village pour deux ans, le temps de redessiner un plan d’affectation des zones conforme à la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire (LAT). Désormais il faut obtenir un préavis favorable de l’Etat pour bénéficier d’une autorisation de construire dans la commune du val d’Hérens.

«La fin des privilèges a mis hors d’eux les promoteurs immobiliers»

Contestée par les gens concernés, cette décision a fait éclater le Front démocratique, une alliance nouée par les socialistes et les radicaux dans les années 1950 pour contrer les démocrates chrétiens, largement majoritaires. Aujourd’hui, deux formations hétéroclites de six candidats chacune s’affrontent. Tous les candidats décrivent une ambiance «délétère» et «méchante». Pour le PLR Mathieu Carruzzo, «cette mesure imposée trop rapidement et sans discussion a placé le village sous la tutelle de l’Etat». Pour le président, «la fin des privilèges a mis hors d’eux les promoteurs immobiliers, et surtout les libéraux radicaux».

Deux postures face à la loi

En 2013, les Valaisans avaient été les seuls à refuser la révision de la LAT, à près de 80% des votants. La loi définit les zones à bâtir proportionnellement aux projections démographiques. Surdimensionné, le solde sera déclassé. Solution valaisanne, une loi d’application cantonale devrait permettre de sauver un millier d’hectares. Rédigée par le gouvernement et approuvée par le parlement, elle sera soumise au peuple, vraisemblablement en mai 2017. Malgré tout, 91 communes devront transformer 1100 hectares de terrains constructibles en zones agricoles avant le 1er mai 2019, les dévalorisant d’une part importante de leur prix. Ce travail ingrat incombera aux exécutifs municipaux qui seront élus ce dimanche.

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«La montagne doit pouvoir vivre. En aucun cas je ne recommencerai l’exercice»

Face aux nécessités de la loi, tout le monde n’adopte pas la même posture. En 2014, le président de Nendaz Francis Dumas a été obligé de déclasser 140 hectares, suscitant près de 350 oppositions: «La pire année de ma vie». Le démocrate chrétien s’est beaucoup exprimé dans la presse pour pester contre une loi qui le force à «spolier les gens» malgré lui. Menacé par un recours du WWF, qui juge toujours ses terrains constructibles surdimensionnés, son plan d’affectation a désormais été soumis à l’Etat. Il promet qu’il n’y changera plus rien: «La montagne doit pouvoir vivre. En aucun cas je ne recommencerai l’exercice». Parce que les citoyens ont compris qu’il n’avait pas le choix, et parce qu’il aura laissé l’impression de limiter les dézonages au minimum légal, Francis Dumas fait aujourd’hui figure de favori à sa propre succession.

«Les communes doivent arbitrer la course aux autorisations de construire fictives»

Lettres anonymes, menaces et coups bas: à Vex, le président pourrait payer cher une politique qui lui a pourtant valu les félicitations du gouvernement et de nombreux aménagistes. Pour le conseiller d’Etat Jean-Michel Cina, en charge du dossier, «il a eu le courage de prendre une décision difficile et responsable». Mais sur ses terres, Danny Défago passe pour un «écologiste zélé». Ses adversaires promettent déjà de lever ses mesures. Lui ne regrette rien: «Je suis content d’être en vie et je me réjouis que la campagne se termine». Face aux milieux valaisans de la construction, il a encore une fois justifié ses choix. Droit dans ses bottes d’agriculteur, celui qui est aussi professeur de droit et d’économie martèle que «les communes doivent arbitrer la course aux autorisations de construire fictives dans laquelle les propriétaires se lancent pour sauver leurs terrains».

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Le prix d’un passé ambitieux

Pour le président de la commission cantonale des constructions, Pascal Varone, «le Valais n’a pas suffisamment respecté la première loi sur l’aménagement du territoire de 1979», et «il en paie aujourd’hui le prix». Président de l’association Altitude 1400, qui lutte contre le mitage du territoire, l’architecte Lucien Barras décrit des plans de zones obsolètes et exagérés, réalisés dans la fièvre de ces années où de nombreux villages de montagne espéraient connaître le développement touristique des grandes stations des Alpes. Pour lui, «le Valais doit désormais corriger les erreurs des ambitieux qui ont trop rêvé». De nombreuses communes ont déjà mandaté des professionnels pour étudier leur situation. Mais prudents, leurs édiles se sont souvent bien gardés de communiquer la démarche avant les élections.

«Nous pouvons maîtriser notre urbanisation et éviter les inégalités de traitement»

A Vex, le paysage est constellé de quelques radiers, ces chantiers timidement débutés pour éviter un déclassement, et ensuite laissés à l’abandon. Le prochain exécutif devra «dézoner» 80 hectares de terrains constructibles, héritage d’un temps où les promoteurs spéculaient sur le développement du ski, et où les édiles dessinaient des zones à bâtir qui épousaient la carte politique du village. Peut-être un peu téméraire, Danny Défago a décidé d’appliquer immédiatement la nouvelle LAT: «Si nous agissons vite, nous pouvons maîtriser notre urbanisation et éviter les inégalités de traitement».

En bloquant ses zones à bâtir, le président empêchera les uns de sauver leurs biens au détriment des autres. Il interdira aussi des constructions trop éloignées du village, qui engendreraient d’importants frais de fonctionnement à la charge des contribuables. Il insiste: «Je défends les intérêts de tous les citoyens».

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