C’est une demande d’asile qui met la Confédération dans l’embarras et complique ses relations déjà difficiles avec la Turquie: Volkan Karagöz, vice-ambassadeur de Turquie à Berne, sollicite le statut de réfugié politique, pour lui et sa famille.

Le diplomate, qui est en poste à Berne depuis 2014, après avoir passé par l’Algérie, la Floride et Strasbourg, est accusé par Ankara d’appartenir à la mouvance de l’imam Fethullah Gülen. Il a été rappelé au pays début février, a révélé le Tages-Anzeiger.

Le cas n’est pas unique. Depuis l’échec du putsch du 15 juillet 2016, la situation s’est détériorée pour beaucoup de fonctionnaires turcs dans leur pays d’origine et à l’étranger. En Allemagne, on compte pas moins de 136 demandes d’asile provenant du corps diplomatique et consulaire. Et en Suisse? Interrogé par un parlementaire, le Conseil fédéral n’a pas donné de réponse précise. Il a toutefois répondu que, sur les 408 de­­mandes d’asile de ressortissants turcs reçues depuis juillet 2016, un «nombre insignifiant» provenait de fonctionnaires avec passeport diplomatique. Le Conseil fédéral justifie cette discrétion sur les chiffres par le souci de ne pas faciliter l’identification des intéressés.

«Faire plus attention à ce qu’on dit»

Dans la communauté turque de Suisse, le sujet du référendum prochain est très sensible. Des sympathisants du mouvement Gülen ne veulent pas s’exprimer publiquement, craignant pour leur propre sécurité et celle de leurs proches vivant en Turquie. Mais sous le couvert de l’anonymat, l’un d’entre eux déclare au Temps: «Erdogan utilise tous les moyens pour rester au pouvoir. La mobilisation sera importante, beaucoup de Turcs d’Europe vont voter.»

Contrairement à la diaspora en Allemagne ou en France, celle en Suisse connaît une grande diversité: des Kurdes, des alévites, des sympathisants Gülen, des pro-Erdogan. Ramazan Özgü, du Dialog Institut, une ONG basée à Zurich et proche de l’opposition, est issu de la troisième génération d’immigrés turcs: «Pour nous, il est important que les tensions au sein de la société turque ne s’exportent pas en Suisse. Nous n’avons pas planifié de manifestations, nous voulons montrer le caractère pacifique de notre mouvement.» Malgré tout, dans la communauté de Suisse, la polarisation semble s’accroître: «On doit faire plus attention à ce qu’on dit.»