Faute de liquidités, le journal Le Régional cesse de paraître immédiatement. L’hebdomadaire basé à Vevey dépose son bilan le jour de ses 25 ans, alors que le nombre de ses lecteurs – 102 000 – est le plus haut de son histoire. Ses 13 collaborateurs se retrouvent sans emploi.

«Le Régional meurt, victime d’un réveil tardif des pouvoirs politiques, qui prennent aujourd’hui seulement des mesures urgentes pour sauver ce qui peut encore l’être dans l’industrie des médias, si utile pourtant à la démocratie. A l’heure de sa dernière ligne, le journal déplore que les communes, dont la vie était décryptée chaque semaine, ne l’aient pas soutenu, par l’achat de pages communales notamment», fait savoir le journal dans un communiqué.

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Le rôle des communes

Jointe par téléphone jeudi matin, sa directrice et rédactrice en cheffe, Stéphanie Simon, partage sa peine. «J’ai deux énormes crève-cœurs, le premier est de ne pas être en mesure, financièrement, de publier une dernière édition et d’ainsi prendre congé de nos lecteurs. Le second concerne mon équipe, une équipe du tonnerre, vivante et soudée, qui s’est démarquée dans l’enquête locale.» Le journal était en difficultés financières avant la crise sanitaire, mais avait pris des mesures, telles que des réductions de charges et de personnel, et avait changé d’imprimeur. Les pertes publicitaires liées au Covid-19 n’ont pas permis de respecter ce budget.

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Stéphanie Simon revient sur le rôle des autorités locales dans la débâcle de son journal. «Les communes n’ont pas l’habitude de jouer le jeu de la presse locale. Cela commence petit à petit, le syndic de Nyon, Daniel Rossellat, a pris le premier des pages dans La Côte, Lausanne a suivi dans Lausanne Cités. Mais les communes des régions peinent à ajouter une ligne à notre égard dans leur budget. Elles ne se sentent pas responsables de la survie de leur journal local», déplore-t-elle.

Vevey se défend

La syndique de Vevey, Elina Leimgruber, conteste ce point de vue. «En décembre 2019, dans le cadre du budget 2020, la municipalité avait soumis l’idée d’utiliser ce journal comme newsletter. Ç’aurait été un soutien indirect et cela aurait permis au Régional de pouvoir compter sur une entrée financière régulière. Le Conseil communal a refusé. D’autre part, nous répartissons nos avis d’enquête dans différents médias.» L’écologiste déplore la disparition du titre. «On perd un acteur important de l’information de proximité, un témoin de la vie de nos citoyens.»

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La semaine prochaine, un préavis urgent de la municipalité sera discuté, demandant de débloquer 500 000 francs en aide à l’économie locale. «C’est un coup de pouce pour les structures veveysannes, Le Régional aurait pu en profiter, cela arrivera malheureusement trop tard», regrette Elina Leimgruber.

L’accent de votre Région, tel qu’il se présentait, disparaît et, pour le moment, aucun projet local ne s’apprête à le remplacer. «La formule gratuite du Régional, souvent décriée dans la profession, permettait à chacun d’accéder à l’information locale et contribuait d’autant au débat démocratique», communique-t-il le jour de sa fin. «Les projections chiffrées établies ces dernières semaines, pour trouver une nouvelle formule, moins lourde en charges, démontrent qu’un futur est possible pour un journal local dans cette région, mais pas dans les conditions-cadres actuelles.»

Dès cette semaine, 127 000 ménages, du centre de Lausanne aux portes de Saint-Maurice, seront orphelins de leur porte-parole local.