«Le patron des CFF, Andreas Meyer, rêverait […], dans un monde idéal, de faire baisser les prix. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour», doit bien constater 24 Heures. Non, ce qui est à l’ordre du jour, ce sont ces 20 milliards d’économies en quinze ans. Que la Neue Zürcher Zeitung interprète comme la volonté de vouloir «désamorcer une bombe à retardement».

De facto, le montant annoncé ce jeudi impressionne. Le lancement du plan de réduction des coûts, atrocement intitulé du nom de code RailFit20/30, est vu comme un «programme de fitness», que la compagnie ferroviaire suisse dit nécessaire. Et que Le Quotidien jurassien résume en tonnant à la une: «Neuf cents emplois à quai.» Ce sur quoi insiste aussi le Blick, alors que RTS Info a surtout averti, jeudi soir au 19h30, que c’est d’abord l’horaire cadencé partout en Suisse qui pourrait bien en souffrir à moyen terme.

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«Le seul nom de l’opération […] fait rêver», écrit Le Courrier: «Il a été concocté par le cabinet d’audit McKinsey. Pour inventer de tels acronymes, gageons qu’il a été bien rémunéré.» Dans on éditorial dépité, le quotidien genevois regrette que «dans le triste démantèlement de CFF S.A.», il y ait des perdants, comme «les usagers, les employés et l’environnement. Les premiers voient certaines prestations se dégrader.»

«On ne fera pas croire que les horaires seront davantage respectés, avec 3,2% de personnel en moins et que la sécurité sera améliorée dans un tel processus d’austérité. Les seconds sont traités comme de simples variables d’ajustement structurel. Enfin, avec la fin de la mission de service public, c’est la notion d’intérêt général qui en prend un coup. La crise climatique voudrait que l’on favorise le train.» Du coup, La Liberté de Fribourg propose une très jolie caricature de son dessinateur, Alex:

«La nouvelle a fait l’effet d’une bombe», pour Léman Bleu. Car les mesures «ont surpris par leur intensité. Elles suscitent des réactions circonspectes», écrit pour sa part Le Nouvelliste, qui a interrogé Matthias Finger, professeur de management des infrastructures à l’EPFL. Lequel a de gros doutes sur la faisabilité d'un programme qui montre surtout que «le nouveau fonds ferroviaire ne suffit déjà plus à répondre aux besoins. Le rail est victime de son succès. On n’a pas assez anticipé l’usure due à une utilisation plus importante que prévu.» Cela déplaît, donc, forcément:

Quant au conseiller national Roger Nordmann (PS, VD), membre de la commission des transports, il confie au quotidien valaisan que «les CFF peuvent tailler dans le gras. Tant mieux s’ils réduisent le nombre des producteurs de PowerPoint!» Et, en indiquant que «les syndicats craignent pour la sécurité du trafic et les retards à venir», les voyageurs, alors, seront-ils «aussi perdants?» comme se demande Le Matin.

Certes, «les montants impliqués sont considérables, tout comme l’effet sur l’emploi, répond La Liberté dans son commentaire. Mais «les CFF ont compris qu’ils ne pouvaient pas continuer à ponctionner les usagers. C’est tant mieux. La difficulté consiste à garantir la stabilité des prix à long terme. Comment croire une promesse tarifaire qui engage les quinze prochaines années? D’ailleurs, le prix n’est pas seul en cause. Il faut aussi garantir le service. Il n’est pas admissible que des retards répétitifs conduisent les CFF à ne plus garantir les correspondances.»