La victoire de droite qui fait espérer à gauche

Fribourg Le démocrate-chrétien Jean-Pierre Siggen prend d’un cheveu l’avantage sur le socialiste Jean-François Steiert

Il succédera à Isabelle Chassot au Conseil d’Etat

Il s’en est fallu de peu que le gouvernement fribourgeois bascule à gauche. Mais dimanche, les électeurs ont préféré le statu quo et porté le candidat PDC Jean-Pierre Siggen au Conseil d’Etat. Il a été élu avec 50,4% des suffrages, soit 562 voix de plus que son rival, le socialiste Jean-François Steiert. Mais il a fait la course en tête durant tout le dépouillement des résultats des communes. Ainsi, même si le résultat est serré, il n’y a pas eu de suspense hier à Fribourg. Par rapport au premier tour de septembre dernier, les électeurs sont également restés sur leurs positions. Ils avaient alors accordé 478 voix d’avance à Jean-Pierre Siggen sur Jean-François Steiert.

Un PDC remplacera donc la PDC Isabelle Chassot, nommée à la direction de l’Office fédéral de la culture. Et le PS Jean-François Steiert, qui a manqué de très peu la majorité, restera au National. «Chaque camp est parvenu à maintenir la mobilisation de ses troupes, analyse Jean-François Steiert. Et je ne suis pas frustré. Nous avons fait une très bonne campagne, tout le monde dormira très bien, et je considère que 49,5% des voix est un très bon résultat. Le Parti socialiste a ratissé large, bien plus large que son électorat traditionnel, ce qui est de bon augure pour les prochaines échéances électorales.»

Directeur de l’Union patronale fribourgeoise, Jean-Pierre Siggen explique sa «petite» victoire par le fait qu’il avait en face de lui «une bête de la politique, visible sur le plan fédéral». Il a rattrapé son déficit de notoriété en courant les manifestations, les bénichons et autres foires où chaque main était bonne à serrer. Trop heureux de fêter sa victoire, il rappelle qu’il n’est pas «le seul à avoir été élu avec peu de voix de différence».

Sauf que la droite est largement majoritaire dans le canton de Fribourg. Et pour la première fois, PDC, PLR et UDC avaient conclu une alliance électorale pour soutenir une candidature unique. Ensemble, cette «nouvelle» droite représente deux tiers des voix à Fribourg. Le résultat de Jean-Pierre Siggen montre que l’électorat traditionnel de la droite n’est pas entièrement acquis à cette stratégie. «C’était un duel, pas un vote à la proportionnelle», se défend Jean-Pierre Siggen.

Malgré tout, cette alliance conclue après bien des atermoiements pourrait encore donner du fil à retordre à la droite. Car le contrat passé entre les trois partis porte également sur les prochaines élections cantonales de 2016. Dans trois ans, les candidats PDC, PLR et UDC au Conseil d’Etat devront se partager l’affiche. Et il n’est pas exclu qu’un UDC entre au gouvernement au détriment d’un PDC. «Les cartes seront redistribuées en 2016 et je n’exclus pas ce scénario», déclare Emanuel Waeber, chef du groupe UDC au Grand Conseil. Car, pour lui, il est clair que ce n’est pas l’électorat UDC qui a failli ce dimanche, mais l’aile gauche et plus centriste du PDC.

Cette alliance est-elle un colosse aux pieds d’argile? Dimanche, la gauche n’a pas manqué d’enfoncer le clou. «Cette élection marque un tournant historique, malheureusement pas parce que le gouvernement bascule à gauche, mais parce que le PDC est obligé de faire alliance avec un parti populiste pour remporter une élection. C’est une alliance contre nature qui finira par tuer le père», lance le chrétien-social Pierre-Olivier Nobs, président du Conseil général de la Ville de Fribourg. Syndic de la Ville de Fribourg, le socialiste Pierre-Alain Clément prédit également des «lendemains douloureux» au PDC, qui occupe actuellement trois sièges sur sept au Conseil d’Etat. «C’est évident, le PDC paiera la facture en 2016», dit-il.

Le conseiller national PDC Dominique de Buman en semble conscient. «Le PDC est un parti profondément ancré dans l’histoire du canton de Fribourg. Ses habitants aiment la cohésion et ce résultat nous montre également qu’il ne faut pas s’écarter du centre droit.»

Mais les dirigeants du PDC chassent d’un revers de main les mauvais présages. «Ecrivez que j’ai souffert, mais écrivez que je suis aujourd’hui heureux», lance Eric Menoud, jeune président du PDC fribourgeois, qui voit dans ce 50,4% des voix une «victoire historique issue d’une entente historique». Pour lui, les Fribourgeois ont plébiscité une droite responsable. «Ils ont donné un coup d’arrêt à ce duo Alain Berset et Christian Levrat (respectivement conseiller fédéral et président du PS, ndlr) qui ont accumulé les victoires ces dernières années. Et j’ai une pensée émue pour Jean-François Steiert. Je suis content pour le canton de Fribourg qu’il puisse rester à Berne.»

«Cette alliance contre nature entre le PDC, le PLR et l’UDC finira par tuer le père»