C'est un K-O historique que viennent d'infliger les 16 000 électeurs de la principauté du Liechtenstein à leur gouvernement. Le parti au pouvoir, l'Union patriotique, a perdu ce week-end sa majorité au parlement, dominé désormais par le Parti bourgeois-progressiste, qui entend former un cabinet de coalition. L'Union patriotique a payé au prix fort une année très mouvementée qui a vu le Liechtenstein être attaqué sur la scène internationale pour son rôle important dans le blanchiment de capitaux douteux, avant d'adopter un régime plus strict de contrôle des flux financiers.

Contrariété

Cette réforme a déplu à certains membres de la caste des fiduciaires qui domine la politique locale et tire grand profit de l'opacité de la place financière. Le principal sponsor du Parti bourgeois-progressiste est son ancien président, Herbert Batliner, accusé par les services de renseignement allemand, puis par la justice liechtensteinoise, de blanchiment d'argent de la drogue. Son fils dirige l'organe du parti, le Volksblatt, et Herbert Batliner aurait contribué financièrement à la coûteuse campagne électorale qui vient de s'achever. Deux des trois candidats de son parti au gouvernement travaillent dans des fiduciaires.

Le plus influent d'entre eux est l'avocat Ernst Walch, un ancien employé d'Herbert Batliner. Il sera sans doute responsable d'appliquer la nouvelle législation anti-blanchiment que lui-même a qualifiée de «hâtive». Ernst Walch est aussi l'architecte de la loi sur l'entraide judiciaire, très critiquée à l'étranger pour sa lourdeur et ses infinies possibilités de recours, qui empêchent toute coopération judiciaire efficace entre le Liechtenstein et l'étranger. L'avocat se veut pourtant rassurant: «Tous les partis veulent une place financière sans blanchiment. Nous appliquerons les nouvelles lois.»

De fait, le nouveau gouvernement, quelle que soit sa composition – de coalition ou monopartisan – aura comme objectif principal de faire sortir le Liechtenstein de la «liste noire» des pays «non-coopératifs» en matière de blanchiment, dressée sous l'égide de l'OCDE. Il devra élaborer un plan d'application de ses nouvelles lois et obtenir des résultats concrets pour pouvoir espérer rejoindre le club des paradis fiscaux «propres» où figurent les îles anglo-normandes, Monaco et la Suisse…