Elle a bousculé les partis et laissé loin derrière les autres listes civiles. A la surprise générale - à commencer par celle de ses élus - l'Avivo, l'association de défense des retraités, est le grand vainqueur de l'élection à la Constituante genevoise. En raflant 9 sièges, elle s'impose comme la quatrième force de l'assemblée, juste après les libéraux, les socialistes et les Verts. Un phénomène qui inquiète d'ores et déjà les formations traditionnelles.

Emmenée par ses têtes de liste Christian Grobet, ténor de la gauche de la gauche et ex-président du Conseil d'Etat, et Souhaïl Mouhanna, président de l'association et ancien député de l'Alliance de gauche, l'Avivo fait figure d'épouvantail pour la droite. «Elle représente la partie la plus conservatrice de l'électorat de Genève, souligne Michel Halpérin, président des libéraux genevois. Ce sera un plus grand enjeu pour la droite de faire passer son projet de Constitution, avec ce que la gauche compte de forces progressistes.» «On a élu les ténors de la liste Genève recule», ironise un autre libéral, le député Olivier Jornot, qui souligne «les risques de blocage» liés au poids de l'association dans l'assemblée.

A gauche, si l'on salue le vote «social», qui a porté l'Avivo sur le devant de la scène, on reste circonspect. «Ce sont des gens d'expérience, j'espère surtout qu'ils viendront avec des propositions constructives», note Anne Mahrer, présidente des Verts. Du côté de la gauche de la gauche, partie divisée une fois de plus et dont seule SolidaritéS a obtenu le quorum, on est résigné face à ce succès: «Les 15% d'électeurs déçus du PS et des Verts sont toujours là, mais ils en ont marre de nos divisions: ils ont voté massivement pour cette liste», analyse le communiste Jérôme Béguin.

UDC et MCG en victimes

Autres victimes de la liste des aînés: l'UDC et le MCG. «Nous avons sans doute pris des voix à ces deux partis», se réjouit Christian Grobet. Grand vainqueur du jour, alors qu'il n'a jamais été favorable à une refonte totale de la Constitution, l'élu revendique un certain conservatisme «pour préserver les acquis sociaux qui ne cessent de régresser depuis le début de la législature». Mais la figure tutélaire de la gauche de la gauche n'hésite pas à rejeter «toute étiquette politique. L'Avivo rassemble des gens de toutes tendances. C'est notre message axé sur le social qui a attiré les électeurs: il est impensable qu'en Ville de Genève, on songe à réduire les prestations sociales versées aux aînés les plus démunis.»

Au-delà du programme de l'Avivo, qui a fait campagne avec 12000 francs en tout et pour tout, on souligne à droite comme à gauche l'identification massive des citoyens âgés à une liste qui prône la défense de leurs intérêts. «Il s'agit d'un vote corporatiste, analyse le conseiller national Vert Antonio Hodgers, et comme les aînés constituent la plus grande partie de l'électorat, cela pèse lourd.» «Dans un contexte où l'avenir des rentes et du deuxième pilier paraît incertain, les citoyens âgés se sont sentis écoutés par cette association. Tous les partis doivent tenir compte de cette inquiétude», poursuit Olivier Jornot. Le conseiller d'Etat socialiste Charles Beer dresse un constat encore plus noir: «Ce vote montre que l'on a peur, et que l'on vieillit mal à Genève.»