Genève

La victoire provisoire de la gauche sur la prévoyance des fonctionnaires

La caisse de retraite des employés de l’Etat sera renflouée selon la version qui leur était la plus favorable. Les Genevois pourraient être appelés à se prononcer une nouvelle fois sur cet objet prochainement

Le peuple genevois a dit sa préférence pour une solution de gauche, MCG et syndicale sur la question de la retraite des fonctionnaires. Interrogé conjointement sur ce projet et celui soutenu par le Conseil d’Etat et la droite, il a d’abord choisi de ne pas trancher. Les deux lois ont chacune obtenu une majorité: 52,83% pour la loi 12228 (gauche, MCG et syndicats), 52,64% pour la loi 12404 (Conseil d’Etat et droite). C’est la question subsidiaire qui a permis d’arbitrer: 52,87% contre 47,13%.

La Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) sera donc mise aux normes fédérales (taux de couverture de 60% en 2020 et de 80% en 2052) selon la stratégie suivante: les cotisations seront majoritairement (66%) à la charge de l’employeur, l’employé en assurant 33%. La primauté sera toujours accordée aux prestations et non aux cotisations.

Le remboursement du prêt accordé par l’Etat à la CPEG sera effectué en priorité par des apports en nature destinés à la construction de logements dans le secteur Praille-Acacias-Vernets (PAV). Il en coûtera dans l’immédiat entre 4,4 et 5,4 milliards de francs au contribuable genevois. Cette solution pourrait ne pas être pérenne: elle ne modifie en rien la structure de financement de la CPEG, que les Genevois avaient déjà renflouée par le passé.

Syndicaliste rayonnant

Marc Simeth, président du Cartel intersyndical, rayonnait à l’annonce des résultats. «C’est une sage décision des habitants de ce canton que de ne pas sabrer dans les retraites de leurs fonctionnaires, a-t-il dit. On ne peut pas dire qu’avec ce vote, la CPEG soit sauvée. Mais notre solution renforce la prévoyance: les revenus de l’immobilier sont plus stables que ceux de la bourse, qui sont liés aux aléas de l’actualité internationale. Il suffit qu’un Donald Trump intervienne de travers pour que cela influence les rendements.»

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Du côté des vainqueurs toujours, les Verts, par la voix de leur président Nicolas Walder, expriment une «grande satisfaction». C’est cette formation qui, avec un vote baroque fin 2018, avait permis de faire passer deux projets de loi contradictoires au Grand Conseil. «Nous plébiscitions les deux projets, confirme le président, tout en donnant la priorité à celui que voulaient les fonctionnaires. C’est un beau message des Genevois. Symboliquement, préférer une solution qui maintient les prestations, c’est marquer sa solidarité avec les fonctionnaires et les services qu’ils rendent.» «On peut comprendre les craintes des jeunes fonctionnaires qui ont voté pour la solution du Conseil d’Etat, de peur qu’un jour ou l’autre, le système actuel ne pète», tempère Pierre Eckert, chef de groupe des Verts au Grand Conseil, confirmant par là même que la formation écologiste reste divisée.

Nathalie Fontanet, conseillère d’Etat chargée des Finances, a «salué» la recapitalisation de la caisse avec ce vote. Puis elle a «regretté que le projet de loi choisi n’opère aucune réforme structurelle». Cette solution «coûte plus cher à l’Etat» que celle proposée par le gouvernement, a-t-elle affirmé. «Le Conseil d’Etat espère sincèrement que cette recapitalisation permettra à la caisse de fonctionner durablement, mais il est inquiet, a-t-elle conclu. C’est le contribuable qui paie cette recapitalisation et il n’a vraisemblablement pas envie de le faire à plusieurs reprises.»

«Les coûts futurs non couverts par les cotisations seront financés par le contribuable, confirme Cyril Aellen, député PLR. Reste à savoir s'il faudra baisser les prestations, augmenter les impôts, ou faire les deux.»

Nouveau vote en novembre 2019

Le vote des Genevois sur cet objet si technique n’est que provisoire. Si tout reste inchangé d’ici là, le corps électoral sera appelé à se prononcer sur un projet de loi très similaire à une date qui n’est pas encore fixée. En effet, la gauche et les syndicats avaient fait aboutir une initiative qui avait elle-même provoqué le lancement d’un référendum de la droite, bouclé lui aussi. Le processus électoral est sur le point d’être lancé. Il ne manque plus qu’à choisir un dimanche, en novembre 2019 ou en début d’année 2020.

Le comité d’initiative a six mois pour présenter un projet de loi abrogeant le vote prévu. Ce dimanche, plusieurs protagonistes se prononçaient à titre individuel pour le retrait. «Il serait malvenu de revenir vers le peuple avec un objet de vote similaire», notait Nicolas Walder. A gauche, tout le monde sera-t-il aussi raisonnable? Ce second texte fait un pas de plus en direction des fonctionnaires, en réintroduisant l’âge pivot de la retraite à 64 ans. Une nouvelle victoire pour son électorat, ça se tente, non? Surtout si une défaite ne mettrait pas en danger ce qui a été voté ce 19 mai.

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