Certains quartiers de la ville de Sion sont-ils à ce point mal famés qu'ils doivent être placés sous vidéosurveillance? En plein référendum populaire contre la modification du règlement de police qui prévoit le recours à un système vidéo pour surveiller le domaine public, l'actualité du week-end ne manque pas d'alimenter le débat.

Samedi, à la gare, une dizaine de jeunes s'en sont pris physiquement à des agents qui procédaient à l'interpellation de deux adolescents, coupables d'avoir crevé les pneus d'un véhicule de police. Bilan: quelques bouffées de spray au poivre, deux ados écroués, un autre, une fille, placé en institution, puis le retour au calme dans un quartier que d'aucuns jugent trop animé.

Un marathon de signatures

En prônant l'installation de caméras en ville, les autorités sédunoises se heurtent pourtant aujourd'hui à la démocratie directe. «Il n'y a pas eu de débat», déplore le comité référendaire «Non à la vidéosurveillance à Sion», constitué par une majorité de politiciens de gauche. Parmi ceux-ci, les deux conseillers généraux (députés) Pascale Sarrasin-Bruchez et David Schöpfer. Samedi, les deux camarades battaient le pavé de la capitale afin de récolter des signatures.

Sion n'est pas la même pour tous

Dans le froid des rues sédunoises, les référendaires font face à un certain catastrophisme citoyen en matière de sécurité. «Quand des gens me disent qu'ils n'osent plus se promener dans la rue après 22h, j'ai l'impression de ne pas vivre dans la même ville qu'eux», s'inquiète Pascale Sarrasin-Bruchez.

Sur la place du Midi, forcément fourmillante en ce jour de Téléthon, on obtient très vite un échantillon de ces inquiétudes. Cette mère de famille, par exemple, accepte de signer le référendum «pour que les citoyens puissent se prononcer par le vote», mais salue la décision de la municipalité: «Oui, on a peur à la gare. Je ne laisse pas mes gamins emprunter le passage sous voie seuls le soir.» Et non, selon elle, les caméras vidéo ne risquent pas de délocaliser les problèmes de violence, tels que le martèlent les initiants du référendum.

Le syndrome londonien est encore loin

Son époux est plus perplexe: «Je crains qu'ils finissent par en mettre partout, comme à Londres.» Où les passants seraient filmés jusqu'à trois cents fois par jour. Qu'en dit la municipale en charge de la Police, Dominique Elsig, croisée dans une rue marchande? «Qu'il est question, pour le moment, d'une dizaine de caméras dans le secteur de la gare uniquement. Et que des garde-fous ont été inscrits dans le nouveau règlement de police. Par exemple, le visionnement ne pourra se faire que si une enquête pénale le justifie.»

Le débat se poursuit au fil des rencontres, entre les stands de soupes de la solidarité. Rien ne saura dissuader ce monsieur de l'utilité des caméras: «Et cette fille qui s'est fait abattre à Zurich? Avec la vidéo, on interpellerait les coupables plus facilement encore!» Plus loin, cette dame ne croit pas une seconde au bien-fondé du système: «Les caméras ne feront rien d'autre que d'accentuer le sentiment d'insécurité. Un quartier surveillé, c'est forcément un quartier dangereux dans la tête des gens...»

En même temps qu'ils agitent leurs feuilles volantes, Pascale Sarrasin-Bruchez et David Schöpfer servent aux plus réticents quelques arguments anti-vidéo. «La vidéosurveillance, c'est trop coûteux pour un résultat non prouvé. Et surtout, la municipalité n'a pas engagé de réflexion sérieuse à ce sujet.» Pour eux, un quartier mal famé n'est que la manifestation d'une violence qui doit se soigner à la racine. Il faut privilégier des mesures à dimension sociale: réaffirmer le rôle de la police de proximité en consolidant ses effectifs ou encore engager plusieurs éducateurs de rue.

La cheffe de la Police ne signera pas

Ce discours, Dominique Elsig est la première à l'avoir tenu à la tribune en plénum. Elle tient à le rappeler: «Nous avons toujours prétendu que la vidéosurveillance ne se suffisait pas à elle-même.» Quant au référendum, il participe du jeu démocratique, selon la cheffe de la police, qui y voit tout au plus un petit tracas sur la forme: «Je me suis fait accoster par une conseillère générale, visiblement peu informée, qui a brandi des arguments erronés pour me convaincre de signer. Je l'ai corrigée et lui ai expliqué que j'étais la municipale en charge de la Police. Un référendum, d'accord. Mais un référendum porté par des arguments inexacts, non.»

Bonne foi ou pas, le comité continue de collectionner lentement les signatures sur les trottoirs sédunois dans l'espoir d'en grappiller 1800 jusqu'à la fin du mois. «Cela se jouera à une centaine d'unités.»