Le videur du Rooftop 42, qui avait frappé un client à la tête et causé une chute mortelle, est sorti de prison. Le Tribunal des mesures de contrainte genevois a accepté de libérer provisoirement l’agent de sécurité dans l’attente du procès en appel voulu par le parquet et la partie plaignante, a appris «Le Temps». Cet ancien champion du monde de full-contact, un Français âgé de 59 ans, devra suivre un traitement psychothérapeutique, déposer ses papiers d’identité et rester en Suisse.

Nouvel échec du parquet

Condamné à une peine de trois ans, dont dix-huit mois de prison ferme, pour homicide par négligence et lésions corporelles graves, le videur a pu quitter Champ-Dollon le 24 février dernier. Le Ministère public, qui avait requis dix ans de prison pour meurtre par dol éventuel et qui espère encore convaincre en appel, s’est opposé à cette mise en liberté provisoire. Sans plus de succès.

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La défense avait préparé sa demande en organisant le suivi thérapeutique et a réussi à convaincre que le videur se présentera bien à son procès en appel et qu’il a des raisons de se montrer confiant. «Cette sortie est un immense soulagement pour mon client. Sa priorité est de travailler et de retrouver une situation financière plus saine qui lui permette d’indemniser la famille de la victime», souligne Me Simon Ntah.

La partie plaignante, qui n’a pas voix au chapitre pour la mise en liberté provisoire, a pris acte de la décision. Son conseil, Me Alec Reymond, relève tout de même: «La famille de la victime, qui a fait appel d’un jugement qui la choque, déplore l’évolution d’une procédure qui lui donne l’impression qu’on attache à Genève peu de prix à la vie humaine.»

Dix-sept mois de préventive

Au moment de sa condamnation par le Tribunal correctionnel, le 2 février dernier, le videur avait déjà passé plus de seize mois en détention préventive. Il aurait fini de purger sa peine vers la fin mars, avec un traitement imposé comme règle de conduite durant toute la période du sursis, si le verdict n’avait pas été contesté en appel.

Selon ce jugement de première instance, l’agent de sécurité n’a pas envisagé l’issue mortelle au moment de frapper sa victime au visage, Il voulait faire taire ce client qui s’était montré agité et insultant en raison d’une expulsion ressentie comme injuste. Avec de tels coups, l’agent de sécurité a toutefois gravement violé son devoir de prudence. Il savait aussi que ses frappes pouvaient entraîner de graves lésions en raison de sa maîtrise des sports de combat.

Le client, dont la tête a heurté le marbre en tombant en arrière, est décédé à l’âge de 43 ans dans des conditions effroyables et après neuf mois d’un coma douloureux. Cet employé d’une multinationale laisse derrière lui une épouse et deux filles adolescentes. La partie plaignante, qui avait soutenu la thèse du meurtre par dol éventuel et évoqué «un massacre», reviendra à la charge en appel. Tout comme le Ministère public qui avait qualifié cette explosion de colère «d’agression sauvage et gratuite» aux conséquences dramatiques très prévisibles.


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