Genève

«La vie politique genevoise est à désespérer»

Vice-président des vert'libéraux suisses, le Genevois Laurent Seydoux se retire de la vie politique. Et dit ses désillusions...

Laurent Seydoux jette l’éponge. Le Genevois ne briguera pas un nouveau mandat de vice-président des vert’libéraux suisses et annonce sa «mise en retrait en tant qu’acteur politique». Résolu à «valoriser le monde associatif», il dit ses désillusions face à un jeu politique genevois jugé bloqué et infertile.

Lire aussi: Sue Putallaz, présidente ad intérim des vert’libéraux genevois, jette l’éponge

Comme Lionel Jospin en 2002, vous annoncez solennellement votre retrait de la vie politique. Quel a été votre 21 avril, Laurent Seydoux? Les dernières élections fédérales?

Non, c’est le fruit d’une longue réflexion et d’une succession de petites choses. Je pense d’abord que la fonction de vice-président du parti suisse doit revenir à un(e) conseiller(e) national(e). Ne serait-ce que pour des questions de proximité avec la vie fédérale, à Berne. Et puis j’attendais du parti une nouvelle dynamique, qui n’est pas venue. Ou du moins pas encore

C’est-à-dire?

Avec tout le respect que j’ai pour Martin Baümle, je regrette qu’il n’ait pas souhaité un renouvellement de la présidence des vert’libéraux suisses. Il aurait été bon pour le parti qu’il propose de remettre son mandat, pour ouvrir le jeu. Je suis d’autant plus à l’aise pour le dire que je n’aurais pas été candidat, puisque je ne suis pas conseiller national. Je regrette également que le parti, euphorique d’avoir obtenu 12 sièges aux élections fédérales de 2011, n’ait pas compris qu’il fallait aller au contact des autres pour tisser des alliances. Après les dernières élections fédérales, j’ai proposé d’approcher le PBD et le PDC pour créer une dynamique, qui aurait pu nous permettre de devenir la deuxième force politique à Berne. Mais le parti n’en a pas voulu.

Voilà pour le parti national. Mais de là à quitter la politique? Après trois élections ratées, à l’exécutif de Plan-les-Ouates, au Conseil d’Etat et à Berne, vous faisiez pourtant preuve d’une certaine résilience…

Oui, je sais ce que c’est qu’un revers politique et je n’ai aucun problème avec cela. Mais si j’avais été élu, qu’aurais-je pu faire dans la situation politique genevoise actuelle? Rien! Entre la dette abyssale, l’absence de budget, les relations catastrophiques entre le Conseil d’Etat et le Grand conseil et au sein même du Conseil d’Etat, les coupes tous azimuts sans l’ombre d’un investissement… Les moyens d’une politique novatrice et ambitieuse n’y sont plus. Si ce n’était pas aussi pathétique, on en rirait! La comparaison avec le canton de Vaud est impitoyable: ils ont assaini la dette, le gouvernement et le parlement travaillent en bonne intelligence, la vie politique est fertile, ils ont fait le pôle muséal, le M2, bientôt le M3 et ils ont un conseiller fédéral… La vie politique genevoise est à désespérer. Pourquoi ne pas investir mon énergie dans d’autres projets?

Précisément: si la vie politique genevoise est à ce point désespérante, pourquoi ne pas vous retrousser les manches plutôt que de quitter le navire?

Je ne quitte pas le navire, je vous dis que la politique genevoise est totalement auto-centrée et tourne en rond. Sans projet et incapable de miser sur la société civile et le milieu associatif, qui sont pourtant demandeurs et ne manquent ni d’énergie ni d’envie. Je veux désormais m’engager dans un autre modèle, complémentaire à l’action de l’Etat et des entreprises, pour valoriser cet univers associatif et son potentiel de création d’emploi.

Le salut du canton passe par ses associations?

L’économie genevoise est performante, mais très exigeante. Elle laisse quantité de gens sur le carreau. Que voulons-nous? Une économie surperformante avec de moins en moins de gens qui travaillent et gagnent de plus en plus pour payer la couverture sociale de tous les autres? Non. Je suis persuadé que l’emploi de demain passe par la proximité et par des activités à utilité sociale réelle. Prenez la course de l’Escalade ou le Paléo: ce sont des événements issus du monde associatif qui sont devenus pourvoyeurs d’emploi. Il y a quantité d’activités à valoriser. Mon projet est de mettre sur pied un fond, alimenté par des entreprises et des fondations, pour soutenir le tissu associatif, en complément avec ses activités propres et les subventions publiques.

Ne changez-vous pas plutôt de terrain de jeu parce que vous avez échoué à convaincre les électeurs?

Absolument pas. A mon échelle, j’ai déjà eu une visibilité et une audience énormes. Je n’aurais jamais pu devenir vice-président national en deux ans dans un autre parti. A titre personnel, j’estime que mon parcours politique a plutôt été incroyable. Si j’avais voulu être élu à tout prix, j’aurais choisi un autre parti. N’oubliez pas que sans le quorum à 7%, comme c’est le cas dans d’autres cantons, les verts libéraux genevois auraient plusieurs sièges au Grand conseil!

Plus généralement, comment expliquez-vous qu’un parti avec des fondamentaux aussi porteurs que les vôtres – l’économie et l’écologie – peine à ce point à s’imposer?

Les vert’libéraux ont été victimes de leur succès. Aux élections fédérales de 2011, nous sommes passés de 3 à 12 sièges: la progression a été trop forte. Le rééquilibrage était logique. On peut se focaliser sur l’échec de 2015, je préfère considérer que nous sommes passés, en huit ans, de 3 à 7 élus. C’est une belle progression. Notre parti séduit beaucoup de monde, mais les résultats ne suivent pas encore. Nous sommes jugés crédibles, mais s’imposer durablement exige du temps et des moyens. Désormais, j’ai choisi de m’engager autrement, parce que je fais de la politique pour les gens avant tout.

Tiendrez-vous parole comme Lionel Jospin où doit-on s’attendre à vous voir revenir dans deux ans?

Je m’engage dans un autre projet et je ne le fais pas à la légère. Si un jour la situation politique évolue et que les forces politiques décident de sortir du blocage, je réexaminerai peut-être les choses. Mais c’est très hypothétique.

Publicité