#LeTempsAVélo

Durant six semaines, plusieurs équipes de journalistes du Temps et d’Heidi.news se relaient pour parcourir la Suisse à vélo et raconter ses transformations. Suivez leur odyssée grâce à notre carte interactive et retrouvez leurs articles écrits au fil du chemin.

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Thomas Burgener s’en souvient comme si c’était hier. «Quand j’ai vu les trains à deux étages arriver et repartir à la gare de Viège, je me suis dit «ça y est, on fait vraiment partie de la Suisse», sourit l’ancien conseiller national socialiste. Pour lui, l’inauguration du tunnel du Lötschberg en 2007 n’était pas juste l’occasion d’une fête avec la population ou des perspectives de développement pour sa région. Non, c’était aussi personnel. A partir de ce moment-là, la durée de ses trajets pour la Berne fédérale s’est réduite de moitié. En un peu moins d’une heure, l’élu pouvait rejoindre la capitale.

René Imoberdorf n’a pas la mémoire moins fraîche que son ancien collègue, lui qui était président de la commune de Viège au moment de l’inauguration du tunnel. Hasard ou non, il nous emmène dans le même café, à la même table, pour tenir des propos différents mais une conclusion similaire à celle de Thomas Burgener: ce tube sous la montagne, de près de 35 kilomètres de long et dont les travaux ont duré treize ans, a changé la face de Viège.

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Un lieu de transit

Celle de sa gare, pour commencer, d’où l’on sort en milieu de matinée, après le rush des employés de Lonza et des touristes journaliers qui sautent dans un bus les conduisant vers les stations les plus proches. Un vent glacial nous accueille sur la place, pas le temps d’admirer longtemps le bloc de béton et de vitres rectangulaires de quatre étages, qui est devenu le nœud ferroviaire du Haut-Valais. Encore aujourd’hui, la gare de Viège est davantage un lieu de transit qu’un arrêt terminus pour les voyageurs, à l’exception des pendulaires, regrette René Imoberdorf. Lui préférerait qu’on s’attarde un peu plus sur la vieille ville, le centre culturel La Poste digne d’une grande ville, entre autres. Il saisit l’occasion pour désigner tout autour les bâtiments sortis de terre depuis l’ouverture de la nouvelle gare.

Viège n’est pas encore une ville, malgré l’énorme croissance des dernières années. Sa population est ainsi passée de 6600 habitants en 2007 à un peu plus de 8000 aujourd’hui. Dans une étude publiée en 2012, le bureau Ernst Basler + Partner évaluait l’impact du tunnel même au-delà, dans le triangle Brigue-Viège-Naters où la population a augmenté de 4200 habitants entre 2007 et 2010, dont 625, soit 15%, sont directement liés à cette nouvelle infrastructure ferroviaire, d’après les experts.

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«Le visage de Viège a changé, elle est devenue un peu plus internationale», reprend Thomas Burgener. Il y a peut-être des gens qui préféraient la situation d’avant, estime-t-il. Mais pas tant que cela: Viège a toujours été ouverte. La présence de Lonza et ses ingénieurs venus des quatre coins du monde ont aidé, assure l’ancien politicien. René Imoberdorf ne voit même pas de problème, il est plutôt fier des 80 nationalités qui se côtoient dans ce grand village – il faut 10 000 habitants pour atteindre le statut de petite ville.

Pendulaires bernois

Le nombre de pendulaires est aussi devenu important, dans les deux sens. Des habitants de Viège qui travaillent à Berne, mais aussi des habitants de Berne, Thoune ou Spiez qui viennent garnir les rangs de Lonza. Savoir quoi, du tunnel du Lötschberg ou du développement de Lonza, a bouleversé la croissance de Viège est impossible, les deux étant liés. D’après le BLS, la deuxième compagnie ferroviaire du pays, 50 trains de voyageurs et jusqu’à 80 convois de marchandises empruntent le tunnel de base chaque jour.

Si le tunnel a permis de faciliter considérablement les trajets entre le Haut-Valais et la Suisse alémanique – et Lonza en a profité – c’est cette dernière qui a créé un nombre considérable d’emplois. Fait rare, Viège compte d’ailleurs plus d’emplois que d’habitants et près de la moitié d’entre eux se trouve chez le géant de la chimie. Cette proportion pourrait même augmenter puisque le groupe bâlois, présent en Valais depuis 1909, a annoncé la création de 1200 places de travail cette année, en lien avec la production du vaccin de Moderna, mais pas seulement. Elle construit d’ailleurs encore de nouveaux bâtiments.

Lire notre article au moment de l’inauguration: A Viège, un poumon nommé Lötschberg

Point noir de cette folle expansion, la difficulté pour certains de trouver un logement abordable. Pourtant, ce ne sont pas les nouveaux immeubles et les immeubles en construction qui manquent, comme nous le montre René Imoberdorf dans une visite guidée expresse de «Visp West» où Lonza étend ses tentacules industriels et immobiliers. Des caisses de pension ont investi, mais le plus souvent, il s’agit de celle de Lonza.

Boom du tourisme journalier

Dans le tourisme aussi, l’ouverture du tunnel a changé la donne. D’un coup, les stations valaisannes apparaissent plus proches de Zurich que celles des Grisons, tandis que Viège ravit à Brigue le statut de plaque tournante des visiteurs à la journée. Reste qu’il faut différencier ce tourisme-là, où «l’impact a été énorme» avec des skieurs, randonneurs ou cyclistes alémaniques remplissant les trains du matin et du soir dès qu’il y a du soleil, de celui impliquant des nuitées, où le bilan n’est pas aussi étincelant, souligne Mathias Fleischmann, directeur produits et marchés de l’organisation Valais/Wallis Promotion.

Dans le premier cas, les fréquences ont doublé avec l’ouverture du tunnel. Dans le second, c’est plus difficile à chiffrer, poursuit-il, même s’il estime que l’impact a été globalement positif. «Dans ce domaine, d’autres facteurs ont un effet plus important, comme la force du franc, la pandémie. D’autant plus que lorsqu’on arrive par avion à Zurich, devoir prendre le train pour deux ou trois heures ne fait pas une immense différence», ajoute-t-il. Ce sont bien les seuls. Pour tous les autres, cette heure de moins sur le parcours a tout changé.

Notre carnet de route: #LeTempsAVélo, de Bellinzone à Bulle