Devant la gare de Viège, il y a cette agitation des veilles de fête. Un grand ballet désordonné entre ouvriers à pied d'œuvre et passants nonchalants. Enveloppé de vitrages, l'imposant bâtiment rectangulaire reflète la scène. Et les montagnes avoisinantes que le Valais vante, plus que jamais, en Suisse alémanique. «Next stop: Gornergrat», lit-on sur une affiche XXL dans le sous-voie. De Berne, on rejoindra désormais Zermatt en 2h07, un gain de 71 minutes.

L'entrée en vigueur du nouvel horaire CFF ce dimanche décuplera le trafic en gare de Viège, portant à 3,5 millions le nombre de passagers en transit chaque année. Du coup, la petite cité haut-valaisanne de 6600 âmes se sent devenir grande. Niklaus Furger, vice-président de Viège, en a des fourmis dans les jambes. Sa visite commentée d'un bout à l'autre de la gare flambant neuve traduit l'impatience des citoyens, dit-il. «Les effets seront positifs pour tout le monde. Viège devient le lieu incontournable entre Milan et Paris, entre l'Allemagne et l'Italie.»

Ebullition immobilière autour de la gare

A l'intérieur, odeur de béton brut et de ciment frais. L'immensité des surfaces commerciales, encore inoccupées «mais toutes vendues ou réservées», est à la mesure des espoirs que le Valais touristique et économique fait reposer depuis longtemps sur le sacro-saint tunnel de la NLFA. C'est à proximité de la gare CFF que les premiers coups de vent du Lötschberg se font sentir. Niklaus Furger commente quelques projets en cours: «Un privé a acheté ce grand terrain. Il veut y construire un centre commercial ou un hôtel.»

Plus loin, la compagnie Matterhorn Gothard Bahn prévoit d'installer les locaux de sa division «immobilier». Plusieurs PME ont déjà officiellement annoncé leur implantation à Viège.

Le pouls de la ville s'accélère, c'est certain, mais il ne s'emballera pas. Le président de Viège, René Imoberdorf, nouvel élu à la Chambre haute, est formel. «Le Lötschberg aura des répercussions bénéfiques sur les commerces locaux. Peut-être aussi que la situation fiscale favorable convaincra quelques Valaisans expatriés de revenir habiter Viège tout en travaillant à Berne. Mais c'est dans la branche touristique que les effets se feront sentir par-dessus tout.» Or Viège n'est pas une ville touristique. Tout au plus pourra-t-elle attirer dans la région les excursionnistes d'un jour.

C'est à plus large échelle que l'effet «Lötschberg» est attendu. «D'ici, on peut aller partout. Zermatt, Saas Fee, Grächen, vallée de Conches», s'emballe Niklaus Furger, comptant sur ses doigts les sept voies qui arrivent en gare et les quinze arrêts de cars postaux qui prendront le relais.

Viège, épicentre du Haut-Valais: la situation a de quoi modifier les rapports que la ville entretient avec sa voisine Brigue, officiellement la capitale. Mais le projet d'agglomération Brigue-Viège-Naters en cours donne assurément de l'élan à toute une région.

400000 nuitées supplémentaires

C'est le tourisme avant tout qui fera moisson à la sortie du tunnel. L'étude prévisionnelle menée par l'Université de Saint-Gall annonce une augmentation des nuitées de 10 à 20% pour l'ensemble du Valais. Ces beaux chiffres, Urs Zenhäusern, directeur de Valais Tourisme, les ressasse depuis un an déjà: «Par prudence, nous tablons sur les prévisions les moins optimistes. Mais 10% d'augmentation, cela représente tout de même 400000 nuitées supplémentaires.»

Les répercussions sur le chiffre d'affaires de l'industrie touristique dans son ensemble avoisineraient alors 60 millions de francs, ce qui entraînerait la création d'un millier d'emplois. Vu les opérations séduction lancées par l'organe faîtier en Suisse alémanique durant les douze derniers mois, le Valais y croit forcément.

Le Lötschberg renfort de l'unité cantonale?

Mais y croit-il à l'unisson? Car la NLFA, il est vrai, a aussi fait remonter à la surface l'angoisse - très valaisanne - d'un redoublement des clivages entre «le haut et le bas». On a senti un engouement modéré, frôlant la jalousie, du Valais romand face à l'ouverture du tunnel. A «jour J moins 2» de la mise en exploitation intensive de la nouvelle ligne, il semble que ce complexe se soit dissipé.

Sur les horaires, les gains de temps sont édifiants jusqu'à Martigny (voir infographie). Et cela rend forcément une grande partie du Valais romand plus séduisant en Suisse alémanique. «On peut partir de Berne le matin à 8h et être à 10h sur les pistes de Crans-Montana», argumente Urs Zenhäusern. Certains voient même dans le Lötschberg un renfort de l'unité cantonale, comme François Seppey, chef du Service de la promotion économique valaisanne: «Désormais, un Sédunois ou un Martignerain devra passer par Viège pour aller en Suisse alémanique. C'est le début d'une intensification des échanges.»

Sur le quai de la gare, Niklaus Furger a sa réponse à lui: «Quand je vais au Tyrol, je visite toute la vallée ou alors je reviens une autre fois.» Et ces mots qu'il remâche inlassablement: «Eisenbahn-Vollknoten». Viège est désormais un «nœud ferroviaire d'importance» sur le réseau CFF, qui la relie «au reste du monde» par l'aéroport de Zurich. Rendez-vous compte: Visperterminen n'est plus qu'à deux heures du reste du monde.