Quand les autres médias alémaniques parlent de la NZZ, quotidien dont le titre en Une se décline toujours en lettres gothiques, ils emploient volontiers l'image de «la vieille tante». Le siège de la rédaction collait jusqu'il y a peu à cette image d'austérité. Le carré de bâtiments, entre Bellevue et l'Opéra, était même très collet monté. Les piétons flânant à ce lieu de fort passage se heurtaient à des rangées de stores fermés. Ils pouvaient juste tenter de lire l'édition du jour punaisée dans des vitrines chichement éclairées.

C'est désormais du passé. La NZZ s'est déboutonnée. Suite à d'importants travaux de rénovation, la maison mère s'ouvre au public sur tous les côtés. En lieu et place d'un portail fermé de grilles, un large escalier cueille sur le trottoir les passants qui s'intéressent à la vénérable gazette et les conduit à une réception généreusement vitrée.

Vitrines haut de gammeCe n'est pas tout. Un bar-lounge – selon l'expression officielle – et un restaurant occupent une moitié du rez-de-chaussée, ils portent le nom des ruelles qui se croisent à cet endroit, «Goethe» et «Schiller». Deux boutiques de mode et d'accessoires ainsi qu'une confiserie vont bientôt suivre. On reste dans le haut de gamme, comme la réputation du quotidien.

La volonté d'ouverture était à la base des transformations. «Avec ses stores toujours fermés, le bâtiment était aussi sévère que la Banque nationale. Lorsque nous avons lancé l'opération il y a trois ans, nous lui avons donné à l'interne le nom d'«Open», explique Jürg Textor, directeur du service immobilier de la NZZ.

L'installation de la NZZ dans le quartier de l'Opéra remonte à 1894. Pour la première fois, la gazette dispose de sa propre imprimerie. L'architecture signale l'importance de la décision: c'est un petit palais de style néorenaissance, posé sur un socle de solides colonnes. Craignant que l'imprimerie ne soit pas rentable, les responsables de l'époque avaient même prévu des appartements au dernier étage. Précaution inutile. Au début du XXe siècle, il faut déjà agrandir. La NZZ accole un nouveau bâtiment à ceux qui existent, et poursuit son expansion en 1947, jusqu'à occuper tout un carré de maisons en meilleure position. A l'intérieur, il arrive même à des rédacteurs chevronnés de se perdre et d'errer dans les couloirs à la recherche de leur bureau.

Dans les années 90, la NZZ ne s'imprime déjà plus au centre-ville, mais les rotatives tournent encore pour la Feuille officielle de la Ville de Zurich. Lorsqu'elles s'arrêtent définitivement en 1999, le rez-de-chaussée reste inoccupé et disparaît derrière les fameux stores. Les transformations ont aussi pour but de rentabiliser cet espace situé dans un quartier où les boutiques et les restaurants poussent comme des champignons.

La pérennité gothiqueLes grandes baies du bar percées dans cette forteresse de la presse libérale ont au premier abord de quoi surprendre. Symbole de la pérennité de l'institution, le titre du quotidien s'affiche sur la façade en mêmes caractères gothiques que ceux du journal. Le lifting de la maison mère vient après celui du journal. Au début 2006, la NZZ avait aéré son graphisme et mis de l'espace entre ses colonnes. Le quotidien garde bien sûr ce qui fait son charme et sa particularité en Suisse: sa présentation sur quatre colonnes par page. Et son titre en gothique, alors que ce caractère avait été abandonné pour le reste du journal en 1946.