Bâtiments

Les vieux sages des monuments vaudois veulent ôter le patrimoine à Pascal Broulis 

Dans une lettre ouverte au Conseil d’Etat, d’anciens responsables dénoncent l’emprise des finances sur l’archéologie et la conservation des bâtiments historiques

«Le patrimoine bâti et archéologique ne doit plus être rattaché au Département des finances!» Dans une lettre ouverte au Conseil d’Etat vaudois, d’anciens responsables de la conservation des monuments du canton dénoncent la «mauvaise politique patrimoniale» de l’Etat de Vaud sous la direction du conseiller d’Etat Pascal Broulis.

Le moment de l’attaque ne doit rien au hasard: à un mois des élections cantonales, les protestataires espèrent convaincre l’équipe gouvernementale qui sortira des urnes le 30 avril qu’une redistribution des services s’impose.

Cinq ans de malheur

Depuis cinq ans, date à laquelle la politique du patrimoine a été rattachée du Département des finances, la préoccupation des signataires n’a fait que croître, jusqu’à en faire des «vieux en colère», selon l’expression de Denis Weidmann, archéologue cantonal jusqu’en 2009. Motifs de la fronde: sous le régime actuel, «une bizarrerie unique en Suisse», la préoccupation financière a pris le dessus, au point que les demandes de crédits supplémentaires seraient écartées systématiquement par le chef du service des bâtiments et par le chef du département. «Il n’y a plus d’ouverture, le patrimoine n’a plus de défenseur devant le collège gouvernemental, car Pascal Broulis est juge et partie», affirme Denis Weidmann.

Il est incontestable que des chantiers prestigieux ont été lancés (cathédrale, nouveau parlement, restauration du Château cantonal), mais ils concernent le patrimoine propre de l’Etat, alors que la disette s’impose ailleurs, dénoncent les anciens. La lettre ouverte énumère une longue liste de raisons de la colère: la mise en vente de certaines cures historiques, dont certaines sont classées; la vente du mobilier du château d’Hauteville, à Saint-Légier, sans expertise scientifique préalable; , la mosaïque d’Orbe cachée au public depuis sa mise au jour en 1993, le manque de moyens pour la mise en valeur du site romain de Nyon ou de l’étude des fouilles de Vufflens-la-Ville.

En images: La mue du Château cantonal est à mi-parcours

Polémique sur l’Ikea d’Avenches

Une goutte a fait déborder le vase: la volonté de l’Etat de faire passer la construction du centre Ikea d’Avenches devant la protection du site romain, sur lequel le projet empiète. «Ne vous inquiétez pas, tout est réglé et les archéologues n’auront rien à dire», se serait réjoui le chef du service des bâtiments, dont les propos ont causé beaucoup d’émotion parmi les défenseurs du patrimoine.

Sans pouvoir chiffrer leurs affirmations, les anciens du patrimoine assurent que les budgets ont été régulièrement réduits ces dernières années et que la Section des monuments et sites du canton devrait au moins être dotée de trois ou quatre postes de plus pour pouvoir faire bonne figure par rapport à Genève ou Fribourg. «Les belles années de la recherche sont passées», soupire l’historien Daniel de Raemy.

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Le fait que le canton ait dénoncé le contrat le liant à Monuments d’art et d’histoire, une collection publiant l’inventaire complet du patrimoine construit et financée par les cantons, passe aussi très mal. Ces travaux sont très précieux lors des rénovations, plaide l’ancienne architecte du patrimoine Elisabeth Bavaud. Surtout, la politique du patrimoine doit retrouver une valeur fondamentale, celle qui consiste à favoriser la connaissance.

On trouve parmi les signataires de la lettre ouverte les noms d’éminentes personnalités du patrimoine, comme l’historien Marcel Grandjean, l’archéologue Daniel Paunier, l’ancien architecte cantonal Jean-Pierre Dresco, le conservateur Olivier Pavillon, ainsi que certains de leurs collègues fribourgeois et genevois.

Pascal Broulis: «Il n'y a pas de conflit d'intérêts»

Le conseiller d'Etat vaudois Pascal Broulis, interrogé par l'ATS, rejette les critiques. «Il n'y a pas de conflit d'intérêts entre l'attention indispensable aux dépenses et la nécessité d'ouvrir les cordons de la bourse pour défendre le patrimoine.» L'argentier vaudois conteste que son département s'impose seul lorsqu'il s'agit de la défense du patrimoine: «C'est un gouvernement qui décide, j'ai six collègues. Puis le parlement s'exprime sur les principaux projets.» «Je suis un amoureux du patrimoine», ajoute-t-il, contestant tout désintérêt pour le travail scientifique au profit de la vulgarisation.

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