Transports

Vif débat autour des bus low cost

Philippe Nantermod demande une rapide libéralisation du marché. Le Syndicat des cheminots s’y oppose. Une entreprise suisse demande trois concessions. L’Office fédéral des transports consulte

Philippe Nantermod (PLR/VS) milite ouvertement pour la libéralisation du marché des autocars afin d’offrir la possibilité aux personnes disposant de peu de moyens mais de beaucoup de temps de circuler en Suisse pour moins cher qu’un voyage en train. Il a défendu ce point de vue dans sa dernière chronique parue dans Le Temps.

Sa position provoque la colère du Syndicat du personnel des transports (SEV), qui voit dans les autocars low cost une menace pour les conditions de travail et de salaire en Suisse. Le sujet est d’autant plus d’actualité qu’une compagnie suisse, Domo Reisen, a effectué trois premiers tests en juin sur les axes Zurich-Bâle-Lugano, Saint-Gall-Zurich-Bienne-Neuchâtel-Lausanne-Genève et Coire-Zurich-Berne-Fribourg-Sion.

Obtenir le feu vert de l’Office fédéral des transports

L’entreprise zurichoise ambitionne d’inscrire ces trois liaisons ordinaires au prochain horaire, qui changera en décembre. Pour cela, elle devra obtenir le feu vert de l’Office fédéral des transports (OFT). Pour l’instant, l’OFT n’a fait que donner son accord pour «une course aller-retour test par ligne, gratuite pour les passagers», indique sa porte-parole, Florence Pictet. Domo a d’ores et déjà déposé une demande de concession pour les trois liaisons visées. «Les courses-tests ne préjugent pas de la décision de l’OFT quant à ces demandes de concessions», prévient la porte-parole. Elle ajoute que la procédure va encore «durer un moment».

L’OFT a ouvert une consultation avant de se déterminer. Les cantons, les entreprises de transport, l’Union suisse des transports publics (UTP), d’autres offices fédéraux, soit 90 organisations en tout, ont été invités à donner leur avis jusqu’au 21 juillet. Qu’elle soit positive ou négative, la décision de l’OFT pourra ensuite faire l’objet d’un recours au Tribunal administratif fédéral.

Lire aussi: l’avis de l’OFT sur les autocars grandes lignes

Concurrence pour les transports publics

L’avis de Philippe Nantermod est clair: tout cela va trop lentement. Il a déposé une motion demandant la libéralisation du transport longue distance. Son traitement a été suspendu par la Commission des transports du Conseil des Etats, qui attend un rapport du Conseil fédéral à ce sujet. L’avis du SEV est tout aussi clair: c’est non. «Nous refusons que les compagnies d’autocar low cost concurrencent un réseau de transports publics qui est l’un des meilleurs du monde, mais qui a son coût. Ces compagnies veulent casser les prix en offrant de mauvaises conditions salariales», proteste sa vice-présidente, Barbara Spalinger.

Le SEV s’est déjà montré très critique envers la société allemande Flixbus, qui, à défaut de pouvoir offrir des liaisons entièrement suisses, a mis sur pied un réseau de cars longue distance qui traverse la Suisse mais avec des points de départ ou d’arrivée en France ou en Allemagne. Comme le personnel de ces entreprises est étranger, les salaires sont bas et les prix également.

«Nous ne voulons pas de salaires de misère en Suisse»

«Nous ne voulons pas de salaires de misère en Suisse», reprend Barbara Spalinger. Domo se défend en affirmant que les salaires payés aux conducteurs sont conformes aux standards suisses et se situent bien au-dessus de ceux de Flixbus.

«Nous avons dit à l’OFT qu’il jouait avec le feu s’il libéralisait le transport longue distance par autocar. Pour une raison très simple: c’est le long des lignes de train les plus fréquentées que le marché est le plus attractif pour les bus low cost. Or, ces lignes lucratives permettent de financer celles qui le sont moins», argumente-t-elle. Le débat promet d’être vif jusqu’à la décision de l’OFT, attendue pour la rentrée.

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