Ces vignerons liés à l’affaire Giroud

La profession se demande qui a fait des fausses factures

Dominique Giroud a établi des fausses factures pour 2,8 millions de francs au nom d’une dizaine de vignerons valaisans, fournisseurs du groupe Giroud, selon la RTS, qui a diffusé mercredi ses reportages interdits. «Les fournisseurs me donnaient du papier à en-tête. Tout ce qui est cash est des fausses factures, donc des fournisseurs fictifs», déclare Dominique Giroud, selon un rapport d’audition de la Division affaires pénales et enquêtes (DAPE) de la Confédération. «C’est une pratique courante en Valais», affirme Dominique Giroud lors de son audition du 4 juillet 2012. Ces fausses factures lui ont permis de virer des montants en cash sur le compte de sa société aux îles Vierges, par le biais de la succursale sédunoise de Credit Suisse. Quant au vin livré pour le marché alémanique et concerné par ces fausses factures, «il venait soit de Giroud Vins SA, soit de raisins achetés au noir», affirme l’encaveur.

Ces révélations font l’effet d’une bombe mercredi dans les milieux vinicoles valaisans. Notamment parce que tout le monde se demande qui sont ces vignerons qui ont donné du papier à en-tête ou qui ont vendu du raisin au noir à Dominique Giroud. Citée dans le reportage, l’Interprofession de la vigne et du vin (IVV) dément que cette pratique soit généralisée parmi les professionnels de la branche. Mais mercredi, elle ne répondait plus aux médias. Elle devrait se réunir d’ici à la fin de la semaine et prendre alors position sur cette affaire.

Selon une source bien informée, elle est en proie à des dissensions internes. «Si les vignerons concernés sont des proches du cercle de Dominique Giroud, c’est une chose; mais s’il s’agit d’autres caves importantes en Valais, l’interprofession aura un immense problème», explique la source précitée.

«Peser un certain poids»

Le silence de l’interprofession s’explique en partie parce que Dominique Giroud et ses proches y sont représentés. «Pour pouvoir en faire partie, il faut peser un certain poids dans la viticulture valaisanne», explique une source dans le milieu du vin. «Dominique Giroud a alors créé le GENI, le Groupement des encaveurs et négociants indépendants.» En mars 2011, quand l’ancien conseiller national Paul-André Roux devient président de l’interprofession, il annonce sur son blog que le GENI y a fait son entrée. Ce groupement comprend Giroud Vins, la cave Taillefer de Jacques-Alphonse Orsat, la Cave du Tunnel de Jacques Germanier, la Cave des Cailles de Cédric Flaction et la Cave Emery d’une famille du même nom à Ayent. Le GENI pèse alors 3 voix sur les 10 que compte la branche des encaveurs au sein de l’IVV. Il y est représenté par Cédric Flaction, ami de Dominique Giroud et copropriétaire des vaches de l’écurie Giroud.

En avril dernier, Dominique Giroud a réussi à placer le nouveau directeur de Giroud Vins – rebaptisé Château Constellation –, Charles-Albert Fumeaux, à la tête de la commission qualité de l’interprofession. Selon le blog du journaliste spécialiste des vins Paul Vetter, cette commission se battait «pour que l’on accorde le droit d’édulcorer les vins avant la mise en bouteille en utilisant du MCR (moût concentré rectifié), un sirop de raisin censé bonifier le vin.» Le 14 mai, l’IVV, malmenée par l’affaire Giroud dont elle a mis beaucoup de temps à se distancier, a décidé «d’interdire purement et simplement l’édulcoration des vins AOC Valais».