Lorsqu’une poignée d’élus UDC alémaniques ont lancé le référendum contre la hausse de la vignette à 100 francs au printemps dernier, ils paraissaient isolés. Aucune des grandes organisations ne les soutenait ouvertement et l’UDC elle-même gardait ses distances. Il faut dire qu’au parlement fédéral, l’acceptation de cette hausse a été finement négociée entre les défenseurs du rail et ceux de la route. Les élus des régions concernées par de futurs investissements ayant encore ajouté leur pierre à l’édifice, la coalition majoritaire composée du PDC, du PLR, du PBD et d’une petite majorité du PS semblait solide.

Cet édifice est aujourd’hui fragilisé. Le référendum déposé mercredi à la Chancellerie a été un succès «sensationnel», a lancé la conseillère nationale Nadja Pieren (UDC/BE); 105 822 signatures ont été rassemblées alors qu’il en fallait 50 000. Et elles ne proviennent pas toutes de la Suisse alémanique. Près de 20 000 signatures ont été envoyées de Suisse romande alors que les contournements du Locle et de La Chaux-de-Fonds ainsi que la route du Grand-Saint-Bernard sont concernés. Le contournement de Morges l’est indirectement, car ce projet nécessite des moyens supplémentaires.

L’augmentation de la vignette à 100 francs rapporterait 300 millions par an. Elle devrait permettre à la Confédération de financer la reprise de 400 kilomètres de routes cantonales et d’aménager de nouveaux tronçons. Pour les référendaires, «les automobilistes paient déjà 9,5 milliards par an de taxes de toutes sortes, or, seulement 3 milliards sont utilisés pour le réseau suisse», rappelle le vice-président de l’UDC, Claude-Alain Voiblet, membre du comité référendaire. Les opposants à la vignette à 100 francs l’ont martelé mercredi: pas de nouvelles taxes ou de hausse des taxes existantes sans un rééquilibrage.

«Ce que nous voulons, c’est que Doris Leuthard oublie cette histoire de vignette et présente un concept global. On veut savoir ce que la Confédération compte clairement faire pour améliorer l’infrastructure routière, quels sont les projets concrets, combien ils coûtent et comment on les paie», clame pour sa part Gérard Métrailler, conseiller politique du Touring Club Suisse, qui s’est rallié en cours de route aux référendaires.

Enjeux plus vastes

Doris Leuthard a présenté fin juin son projet de fonds spécial pour financer des infrastructures routières. Mais, loin de calmer les esprits, l’idée d’augmenter le litre d’essence de 15 centimes pour l’alimenter est ­contestée. Hausse de la vignette et hausse de l’essence: pour les référendaires en tout cas, trop c’est trop.

Le référendum contre la vignette à 100 francs cache ainsi des enjeux beaucoup plus vastes. La votation est prévue le 24 novembre 2013. «Et son résultat donnera un signal clair. Ce n’est pas seulement le sort de la vignette à 100 francs qui est en jeu mais également l’équilibre futur entre le financement du rail et celui de la route», estime Claude-Alain Voiblet.

Les partisans de la hausse auront en face un double ennemi car, outre l’UDC, les écologistes sont ­également opposés à la vignette à 100 francs, mais pour des raisons évidemment différentes. Ils ne veulent pas de nouveaux tronçons. L’Asso­ciation transports et environnement (ATE) avait d’ailleurs lancé sa propre récolte de signatures. Selon son vice-président, Roger Nordmann, l’ATE ne va cependant pas faire une grande campagne car elle est divisée. Tout comme le Parti socialiste. Au parlement, une majorité du PS a accepté la vignette à 100 francs, soit par réflexe régionaliste, soit pour s’assurer en contrepartie du soutien de la droite au financement du rail. «Au moment de trancher, nous laisserons probablement la liberté de vote tellement les opinions sont diverses chez nous. C’est en tout cas ce que je plaiderai», déclare Roger Nordmann.