Le National souhaite augmenter le prix de la vignette de 40 à 70 francs et non à 100 francs comme l’a demandé le Conseil fédéral. Une coalition réunissant UDC, PS, Verts et Verts libéraux dans un même camp mais pour des raisons différentes a fait barrage. Elle constitue une majorité suffisante de 112 voix contre 62 pour imposer un prix de 70 francs, soit 30 de plus qu’aujourd’hui. L’UDC aurait même préféré en rester au montant de 40 francs, inchangé depuis 1995. Le camp rose-vert a souhaité limiter les moyens mis à disposition des routes afin d’en éviter le développement et ainsi de privilégier les transports publics.

La décision du Conseil national n’est toutefois pas définitive: le Conseil des Etats doit encore se prononcer, et il paraît probable qu’il opte pour le prix de 100 francs. Le principal problème est que cette décision ne fournit pas suffisamment de recettes pour couvrir l’extension du réseau des routes nationales envisagé par le Conseil fédéral, ainsi que son exploitation et son entretien.

Le gouvernement prévoit que la Confédération reprenne à son compte 387 kilomètres de routes cantonales – dont il faudra déduire 11 kilomètres déclassés au nord de Schaffhouse. Il veut en profiter pour intégrer dans le réseau national les nouveaux évitements du Locle et de La Chaux-de-Fonds, un tronçon dans l’Oberland zurichois ainsi que, à titre préventif, le futur nouveau contournement de Morges et l’autoroute du Glattal, au nord de Zurich.

Or, le projet du Conseil fédéral entraîne des dépenses annuelles de 305 millions, Morges et le Glattal non compris (leur financement sera tranché plus tard). Les cantons prendront 30 millions à leur charge. La hausse de la vignette à 100 francs rapporterait 275 millions par an. La décision du National ne rapporte toutefois que 180 millions. C’est la raison qui a poussé Jürg Grossen, député vert libéral bernois, à proposer de biffer du programme les projets qui ne sont pas encore construits: les évitements de Morges, du Locle, de La Chaux-de-Fonds et les deux tronçons zurichois. Le soutien apporté par Antonio Hodgers (Verts/GE) à cette proposition – rejetée par 96 voix contre 67 pour Morges et 128 voix contre 21 pour les villes neuchâteloises – a fâché plusieurs élus vaudois et neuchâtelois. De son côté, Roger Nordmann (PS/VD) a vainement demandé que l’actuel contournement de Morges soit déclassé lorsque le nouveau sera construit. Le National a en revanche jugé bon d’intégrer le ferroutage au Lötsch­berg et à la Vereina dans le réseau des routes nationales. Or, il n’y aura pas d’argent pour tout faire. «Si l’on met la vignette à 100 francs, on pourra investir 5 milliards ces vingt prochaines années. Ce qui ne suffit déjà pas, puisqu’il y a en tout pour 15 milliards de travaux. Avec 70 francs, on joue au Monopoly», s’étrangle Olivier Français (PLR/VD).

Qu’il soit, au terme de la navette parlementaire qui se prolongera ces prochains mois, fixé à 70 ou à 100 francs, le nouveau prix de la vignette n’entrera pas en vigueur de suite. Il n’est prévu de le relever que lorsque les réserves du fonds alimenté par les taxes routières descendront au-dessous de 1 milliard de francs. Cela devrait être le cas à fin 2015. Simultanément, une taxe temporaire de 40 francs pour deux mois sera proposée. Ce modèle s’inspire de ce qui se fait en Autriche, où cohabitent une vignette annuelle à 77,80 euros un tampon bimestriel à 23,40 euros et un sésame à 8 euros valable dix jours. Lorenzo Quadri (Lega/TI) a proposé d’aller plus loin et d’ajouter une vignette quotidienne à 10 francs. Sa proposition a été rejetée, tout comme l’adaptation de la taxe au renchérissement, demandée par Franziska Teuscher (Verts/BE). On en reparlera lorsque l’étiquette sera remplacée par un système électronique.

Les évitements de Morges, du Locle et de La Chaux-de-Fonds seront intégrés dans le réseau national