De mémoire de vigneron, cela faisait longtemps que le vignoble suisse n’avait pas autant subi la pression de l’oïdium et du mildiou, deux maladies qui peuvent s’avérer dangereuses. «Il y a au moins vingt ans qu’on n’a pas vu ça», affirme Jean-Denis Perrochet, commissaire viticole d’Auvernier (NE) et propriétaire du domaine de La Maison Carrée. «Nous avons affaire à une situation extrêmement rare, confirme Olivier Viret, responsable de la recherche en viticulture et œnologie pour l’ensemble de la Suisse à la station fédérale Agroscope Changins-Wädenswil ACW. L’amplitude thermique est très importante au sein d’un même mois, voire d’une même semaine. La pluie et le temps orageux favorisent le mildiou, et les périodes de températures élevées et de sécheresse qui suivent, l’oïdium.»

Ces maladies s’installent fin juin, au moment de la floraison de la vigne. Elles sont dues à des parasites fongiques et peuvent détruire les récoltes si elles ne sont pas traitées à temps. Le mildiou se signale par l’apparition de taches d’apparence huileuse et de couleur jaunâtre. Comme l’oïdium, il s’attaque à tous les organes verts. Il provoque la chute des feuilles et par conséquent un retard de maturité, ainsi qu’un degré alcoolique plus faible. Il a une incidence défavorable sur la production. Il peut aussi se développer sur les grappes. L’oïdium, dont les symptômes apparaissent après une vingtaine de jours, se manifeste sur les feuilles par des taches de poussières grisâtres. La maladie attaque également les baies et les grappes, dont la croissance s’arrête. Elle peut engendrer de mauvais goûts dans le vin. Les deux parasites sont généralement traités avec une palette de produits phytosanitaires.

«La lutte arrive au bout, et la situation est sous contrôle, affirme Olivier Viret. Mais le Tessin a été très touché par le mildiou, qui a aussi frappé en Suisse alémanique. La Suisse romande a plutôt été touchée par l’oïdium.»

Dans une situation exceptionnelle de ce genre, les vignerons n’ont pas le droit à l’erreur. La fréquence des traitements a augmenté. «Il y a beaucoup plus de travail que les années précédentes, explique Sébastien Badoux, vigneron-encaveur à Chenaux, en Lavaux. L’oïdium est un champignon sournois, qui demande une surveillance accrue. Je traite les vignes tous les six à sept jours depuis ­début juillet. Malgré tout, certaines grappes sont bien atteintes.»

Les dégâts ne sont toutefois pas catastrophiques. Dans le canton de Neuchâtel, «la perte de récoltes est insignifiante», affirme Jean-Denis Perrochet. Dans le canton de Vaud, ce sont surtout les régions de Lavaux et du Chablais qui ont souffert. «Nous avons rencontré des problèmes ponctuels sur certaines parcelles où la pression de la maladie était forte et la protection phyto­sanitaire insuffisante, dit Jean-Michel Bolay, ingénieur viticole au Service vaudois de l’agriculture. Les vignobles en terrasses sont en effet plus difficiles à protéger, la pulvérisation n’assurant pas une protection à 100%. Certains producteurs ont évoqué des pertes de récoltes significatives, de l’ordre de 10 à 20%. Mais le problème est désormais réglé.» Plusieurs foyers d’oïdium ont été déclarés dans le canton de Genève, et la pression du mildiou était toujours élevée à la mi-juillet, selon le Bulletin phytosanitaire viticole de la Direction de l’agriculture. Enfin, en Valais, où l’oïdium a aussi frappé, «la très grande majorité des producteurs ­a pu maîtriser la situation, dit ­Pierre-André Roduit, chef de la viticulture. S’il devait y avoir des pertes de récoltes, elles ne seront pas significatives.»

Qu’en est-il des vignerons qui travaillent en biodynamie, et qui n’utilisent pas de produits phytosanitaires? A condition d’intervenir souvent dans les vignes, ils s’en sortent plutôt bien. «Nous traitons le vignoble avec du soufre et du cuivre, explique Jacques Dupraz, du domaine des Curiades à Lully dans le canton de Genève. Nous avons dû procéder à 12 traitements, soit deux de plus que les années précédentes.» Jean-Denis Perrochet, également adepte de la biodynamie, a commencé à appliquer des traitements en prévention trois semaines plus tôt que les années précédentes, dès qu’il a constaté, au début du mois de juin, d’importantes variations thermiques. «Une année comme celle-ci montre les limites des produits phytosanitaires», constate-t-il.

La véraison (le moment où le raisin prend sa couleur définitive) a maintenant commencé, et la qualité de la récolte ne devrait pas être affectée par les attaques des champignons, à condition que la vigne ait été traitée suffisamment tôt et que les baies malades soient écartées. Le millésime s’annonce précoce, comme ceux de 2010 et 2011. Sa qualité dépendra en grande partie de la météo du mois d’août.

«L’oïdium est un champignon sournois, qui demande une surveillance accrue. Je traite les vignes tous les six à sept jours»