PRESSE

Vigousse, énième cartouche de la satire romande

Le nouveau journal satirique déversera ses pamphlets sur la Suisse romande tous les vendredis dès le 15 janvier.

Vigoureux. Mais durable? A peine Vigousse, le nouveau petit satirique romand lancé par Barrigue, a-t-il été distribué gratuitement aujourd’hui dans les gares de Suisse romande (à 150’000 exemplaires), que c’est de sa survie dont il est question.

Un journal qui s’est fixé l’ambition de faire rire, «qui refuse d’être comme les autres», «qui tire sur tout ce qui bouge», a-t-il un avenir? La question s’est trop souvent soldée par une grande claque pour que les lecteurs ne se la posent pas.

Dans le sillage des Jack Rollan (Le Bonjour) dans les années septante ou du Valaisan Narcisse Praz (La Pilule), Mix & Remix avec 1er degré, le journal des gens aisés en a fait la cruelle expérience en 2006, après à peine deux parutions. Un peu plus tôt, Ariane Dayer et son très élitaire Saturne, avaient tenu deux ans avant de finalement sombrer devant le manque de recettes publicitaires.

Derrière Barrigue, d’ailleurs autoprésenté dans son édition du jour comme «le dingue qui a lancé l’histoire». Nordmann (Patrick), «le malade qui l’a suivi» et Flutsch (Laurent), «l’infirmier qui les soigne», derrière ces courageux donc, de nouveaux talents se mobilisent pour tenter de s’inscrire durablement dans l’histoire d’un genre. Ils comptent sur 4’000 abonnés pour que le titre soit rentable.

Que raconte Vigousse, dans son édition gratuite d’aujourd’hui – avant de se mériter pour trois francs? Que Kadhafi a peur des serpents. Foi de spécialiste. Le Lausannois Jean Garzoni en l’occurrence, spécialiste des serpents et des scorpions qui côtoya autrefois le Colonel dans le Sahara, s’est épanché sur le sujet auprès de Laurent Flutsch. Ils espèrent donner des idées à la diplomatie helvétique.

Que le conseiller fédéral Didier Burkhalter s’est révélé plus indécis encore qu’on ne le connaît, jusqu’à renoncer à se porter candidat au Conseil fédéral et à en accorder un interview exclusive à L’Express. Avant de revenir sur ses pas et de faire retirer l’article au dernier moment.

Vigousse, ce sont aussi évidemment des dessins de presse – une dizaine d’auteurs connus et moins connus – et quelques rubriques caustiques auxquelles il faudra s’habituer. Certains jus adroitement vulgaires, d’autres, comme l’interview fictive d’Oussama Ben Laden suite au vote sur l’interdiction de construire des minarets, plutôt balourds. Et une poignée de brèves (Les Vrèves) parfois grossières. Mais n’est-ce pas aussi ce que l’on attend d’un journal de ce cru?

Tous les grands satiriques, presque, sont nés dans des contextes socio-économiques difficiles, au moment où les gens ont besoin de rire. Le Canard Enchaîné sur les cendres de la guerre 14-18. Charlie Hebdo est ressuscité après la Guerre du Golfe.

Le petit Suisse, qui vient en fait alimenter un paysage romand visiblement en passe de s’abonner au genre (La Soupe de la RSR, Les Bouffons de la Confédération sur La Télé ou encore l’hebdomadaire satirique en ligne Cactus), lui, est né du divorce entre Barrigue et Le Matin et en pleine crise de la presse.

Déjà, le premier numéro en tire un enseignement très à l’ordre du jour: dans un dessin, au sommet de la tour d’Edipresse, la direction regarde s’échapper un interminable flot de licenciés en maugréant: «J’espère qu’ils ne vont pas tous lancer un journal.»

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