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Le village qui résiste aux visées carcérales de Genève

La commune de Puplinge défend ses arbres, ses terres et sa quiétude. Un premier recours, qui a paralysé l’abattage d’une forêt, annonce un bras de fer sur tous les fronts

Le village qui résiste aux visées carcérales de Genève

Construction La communede Puplinge défend ses arbres, ses terres et sa quiétude

L’abattage de la forêt est paralysé,et le bras de fer ne fait que commencer

Comme la grande majorité des habitants de Puplinge, il frémit à l’idée du gigantesque complexe carcéral que projette de construire le Conseil d’Etat genevois autour de la prison de Champ-Dollon et jusqu’aux portes du village. Mais Yves Bischofberger n’est pas de ceux qui invoquent d’emblée les cris des détenus, les fortes lumières nocturnes, le manque déjà évident de places de stationnement pour les employés et les visiteurs, ou encore les vingt hectares de terres arables qui seront sacrifiées à une politique sécuritaire renforcée. La passion de ce géographe et historien, c’est le paysage. Intarissable sur l’agencement et l’histoire de cette flore, il se fait l’avocat des vestiges menacés par «le site pénitentiaire Rive Gauche», tel qu’il a été pensé et proposé par les autorités cantonales.

Une promenade matinale autour des murs qui entourent les établissements existants. Malgré la boue et la grisaille de l’hiver, les camions de l’interminable chantier de Curabilis, futur établissement pour délinquants anormaux, et la tension qui transpire des murs de la prison la plus surpeuplée du pays, Yves Bischofberger sait rendre sa poésie à cette campagne. Une première halte s’impose devant quelque 8500 m2 de forêt qui entourent La Brenaz 1, et qui devaient être rasés mi-janvier pour laisser la place à La Brenaz 2 et sa centaine de détenus en exécution de peine puis, à terme, de candidats au renvoi forcé.

«Ce bois n’est pas magnifique», concède le spécialiste, mais c’est le dernier, il fait fonction d’écran et il est protégé en raison de sa surface. Le sort de cette forêt fait l’objet d’un premier bras de fer judiciaire. La commune et l’association Bien vivre à Puplinge (BVAP) ont recouru contre l’autorisation de construire et de défricher une zone classée, imposée au rythme de l’urgence et de la dérogation, avec des promesses de compensation ultérieure qui ne convainquent pas. Elles ont obtenu la restitution d’un effet suspensif de la part du Tribunal administratif de première instance, signe que leur démarche n’est pas dénuée de fondement. Contraint de décommander les travaux à la dernière minute, l’Etat combat désormais cette décision pour pouvoir aller de l’avant avec le crédit de 70 millions voté cet automne par le Grand Conseil. La Chambre administrative de la Cour de justice doit bientôt se prononcer sur ce blocage provisoire.

L’essentiel est tout près, explique toutefois Yves Bischofberger, en désignant les arbres qui bordent les parcelles agricoles menacées par un second grand projet baptisé Les Dardelles. Son nom initial, Pré-Marquis, qui est également celui d’un quartier à proximité, a dû être abandonné en catastrophe devant le tollé suscité auprès des habitants, qui imaginaient déjà leur adresse confondue avec celle d’une prison.

Le spécialiste poursuit avec un émerveillement communicatif: «Cet alignement de saules têtards, couplés avec des chênes, n’existe nulle part ailleurs. C’est un trait rarissime du paysage genevois.» Parole de marcheur, qui a parcouru tout le canton à pied afin de dresser l’inventaire des chemins historiques.

Ces arbres à cavités, transformés en boules argentées au printemps, qui abritent des espèces rares ou vulnérables, comme le rossignol, la chouette chevêche, le rouge-queue à front blanc ou le coucou cendré, sont de véritables biotopes et mériteraient, à ses yeux de géographe naturaliste, d’être protégés, voire visités au même titre qu’un monument historique. «Les saules têtards sont bien visibles sur la carte aérienne de 1937.»

A la préservation de ce patrimoine collectif s’ajoutent les préoccupations plus immédiates des riverains. Gilles Marti, le maire de la commune, en sait quelque chose. «Ces projets carcéraux sont devenus le principal souci des habitants, et j’y consacre beaucoup de temps.» La présentation faite sur place début juin par Pierre Maudet, magistrat responsable de la Sécurité, n’a pas rassuré. Bien au contraire.

Une semaine après, le Conseil municipal de Puplinge votait, à l’unanimité, deux résolutions exigeant une réelle concertation, ainsi que des aménagements plus denses que des bâtiments de seulement deux niveaux, pour éviter un étalement sur la zone agricole en direction des habitations. «Un crédit a également été voté pour financer les dépenses liées à notre défense», précise le maire.

C’est bien la première fois que la commune, pourtant colonisée par l’essentiel du pénitentiaire cantonal, résiste ainsi. Le recours inaugural a déjà mené au blocage du chantier de La Brenaz 2. «L’idée n’est pas de bloquer tout développement des infrastructures carcérales, mais de bien faire en respectant ceux qui vivent autour», résume Me Horace Gautier, l’avocat et membre de l’association BVAP, qui a également recouru. «Des signaux ont été envoyés, mais l’Etat a voulu passer en force et dans la précipitation», regrette ce dernier. Le président du gouvernement, François Longchamp, revendique cette hâte. «C’est un projet ultra-prioritaire en raison de la situation objectivement explosive à Champ-Dollon.»

Le magistrat, qui s’occupe personnellement de ce dossier à cheval sur quatre départements, a entamé des négociations avec des particuliers afin de trouver une solution qui permette de reboiser la forêt à proximité, et non pas, par exemple, à Plan-les-Ouates, comme cela avait été fait pour le projet Curabilis. «L’affaire est prise très au sérieux. J’ai reçu la commune cinq fois en six mois», précise François Longchamp.

Un bras de fer autrement plus sérieux est promis si le projet Les Dardelles n’est pas revisité. Pour cet établissement, le plan gouvernemental prévoit, pour 2017, de créer un site en forme de quadrilatère – plus fonctionnel, moins coûteux et plus facile à sécuriser – qui empiéterait sur les terrains agricoles en direction de Puplinge.

La commune, mais aussi l’association BVAP privilégient une autre variante pour accueillir ces 450 détenus en exécution de peine, soit une construction au bord de la Seymaz, dans le prolongement de Curabilis, sur des terrains occupés de longue date par des sortes de jardins familiaux et autres chalets plus ou moins légaux, mais dont l’ancienneté rend l’expropriation difficile.

Bien décidée à se faire entendre du canton lorsqu’il s’agira d’élaborer le projet final, l’association a fait circuler une pétition qui a recueilli 600 signatures en quelques jours, dans une commune qui compte un peu plus de 2000 habitants. Jean-François Pascalis, président de BVAP, défend un objectif clair: «Il ne faut pas laisser la prison s’étendre vers le village.» Il a été reçu ce lundi par la Commission des pétitions du Grand Conseil.

Le parlement, déjà divisé sur l’opportunité de construire autant de carcéral, de surcroît sur un territoire exigu où les coûts sont plus élevés que dans les autres cantons concordataires (300 millions environ pour Les Dardelles), a voté le crédit d’étude de 16,5 millions à une petite majorité. La gauche et l’UDC (la présidente du parti, Céline Amaudruz, est une habitante de Puplinge) se sont massivement abstenues. Pas forcément pour les mêmes raisons.

Sur cette réalisation hautement sensible, François Longchamp se veut plus évasif: «Un crédit d’étude ne détermine pas encore l’endroit.» Les plans et les débats déjà entamés en commissions autour de ces questions ne laissent pourtant que peu de doute sur l’option privilégiée par les autorités. Le combat est programmé. Reste à savoir sur combien de fronts il sera mené.

«Des signaux ont été envoyés, mais l’Etata voulu passeren force et dansla précipitation»

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