Un moulin, un chalet, une maison des jeunes ouvriront leurs portes à Ciolpani, village roumain jumelé avec Morges. L'odyssée d'Opération villages roumains (OVR), démarrée il y a dix ans, trouve un nouveau souffle.

Un petit coup de cabernet roumain et la magie opère. Roland Decosterd, menuisier suisse, prend un stylo et esquisse sur la nappe de la table le plan de son rêve. Une maison des jeunes, ici même, à Ciolpani, à 30 kilomètres à l'est de Bucarest. «L'architecture est futuriste, explique-t-il. Quant à la technique du bâtiment, ce sera une première en Roumanie.» Roland s'interrompt et balaie du regard les 200 invités de cette kermesse installée sur les fondations de la future maison. En cette soirée du 2 août vient d'être inauguré le chalet suisse construit par les jeunes de Ciolpani, sous l'œil du menuisier suisse. Car les liens entre le village roumain et Morges ne datent pas d'hier.

Suite à la décision de Nicolae Ceausescu, dans les années 80, de raser les villages pour bâtir à leur place des villes socialistes, 206 communes suisses décidèrent de parrainer certains de ces villages, afin de calmer les élans architecturaux du dictateur. Cette initiative, née à Bruxelles sous le nom d'Opération villages roumains, fut rapidement reprise en Suisse même, en France et en Grande-Bretagne, et se transforma rapidement en un véritable bastion de résistance contre les excès de la dictature roumaine.

Concentrée, d'abord, sur l'aide humanitaire, OVR Suisse se lança ensuite dans des opérations plus ambitieuses. «Je ne voulais pas que ça soit un feu de paille, affirme Eric Voruz, le syndic de Morges. Je voudrais laisser en Roumanie des traces durables.» En dix ans, l'association a organisé 850 stages et visites pour enfants. «Les voyages en Suisse ont complètement changé ma mentalité», témoigne Nicolae Pitoiu, 23 ans. En 1997, il crée avec une dizaine de jeunes de Ciolpani l'association Léman. Après avoir mis en commun leurs économies, ils achètent un terrain de 1000 mètres carrés et se mettent au travail. Cette poignée de jeunes construit une bâtisse qui accueille actuellement un moulin désaffecté de Vuisternens (FR). Ont suivi le chalet suisse et des projets d'envergure: une maison des jeunes, un restaurant, un club, un atelier de réparations auto.

Morges a également pris en charge l'alimentation en eau potable de Ciolpani. Jusqu'en 1995, la nappe phréatique contenait dix fois plus de nitrates que le niveau admis. Grâce à une subvention de 143 000 francs offerte par Morges, auxquels s'ajoutent 17 000 francs de la Confédération, quatre puits ont été creusés. Une aubaine pour les 5000 habitants de Ciolpani. «Attention, précise Jean Meylan, président d'OVR Suisse, ce n'est pas notre argent. Notre rôle consiste à coordonner les projets.» Pour la maison des jeunes, la Ville de Morges a prévu un budget de 15 000 francs, qui devrait être revu à la hausse. «Le travail sera assuré par les jeunes bénévoles, confesse l'ingénieur Nicolae Andrei, le poumon d'OVR à Ciolpani. Ils n'attendent que ça.»

La portée des projets d'OVR Suisse s'étend au-delà des Carpates, jusqu'en Transylvanie et en Moldavie, régions situées à l'ouest et à l'est de la Roumanie. «C'est une expérience qui devrait servir d'exemple à l'échelle du pays», résume l'ambassadeur suisse à Bucarest, Jean-Claude Joseph. Il jette un dernier coup d'œil sur le chalet suisse de Ciolpani, avant de quitter la fête campagnarde. Le nom de baptême inscrit sur l'enseigne accrochée à l'entrée le fait sourire: Chalet Léman.