Les collaborateurs de l'unité logistique de Swatch SA à Bienne, qui choisiront de suivre l'entreprise prochainement délocalisée à Taverne (TI) pour bénéficier d'une météo plus clémente au sud des Alpes, risquent bien d'être déçus. Taverne est un peu ce que l'on pourrait appeler un «trou», un village de 3000 âmes, ombre assurée toute l'année, accroché aux flancs rocheux du Monte Ceneri et du Monte Tamaro, entre Bellinzone et Lugano. Sa zone industrielle, qui jouxte le cœur du village, n'est qu'à quelques enjambées de l'autoroute A2.

L'annonce est tombée tel un couperet, il y a un peu plus d'une semaine, pour les 95 employés de cette division du géant horloger. Au sud des Alpes, cette délocalisation a au contraire suscité beaucoup d'enthousiasme et autant de surprise. «Nous n'avons strictement rien fait pour attirer le groupe dans le canton et, lorsque nous faisons de la promotion, ce n'est pas pour voler des emplois ailleurs en Suisse», s'empresse de préciser Piergiorgio Bernasconi, de la promotion économique du canton du Tessin.

Jeudi matin, le président de la Confédération, Joseph Deiss, remerciait le patron de Swatch, Nicolas Hayek, de ne pas avoir succombé à la tentation de produire sous des cieux économiquement plus cléments que la Suisse. La proximité de la main-d'œuvre transfrontalière serait-elle pour quelque chose dans ce déménagement en Suisse italienne? Est-on face à un genre nouveau de dumping salarial helvétique?

Aucun avantage fiscal

«Rien à voir avec des économies sur le personnel», assure Béatrice Howald, porte-parole du groupe horloger, à Bienne. Et d'expliquer que les modèles qui seront montés et emballés à Taverne à partir du mois de juin prochain «partaient déjà partiellement achevés et provisoirement emballés de notre centre de production de Mendrisio, au sud du canton; ils arrivaient ensuite à Bienne, étaient déballés, définitivement montés, puis retraversaient le Gothard à destination du marché italien». Les clients de la Péninsule étant particulièrement friands des deux modèles Irony et Chrono, assemblés à Mendrisio.

Pas l'ombre d'une stratégie fiscale non plus. Le maire de Taverne, Brenno Ronchetti, tient à préciser que «nous n'avons rien offert et on ne nous a rien demandé», souligne-t-il. Béatrice Howald confirme: «Les conditions fiscales auxquelles nous serons soumis à Taverne sont en tous points semblables à celles qu'on nous impose à Bienne.» Pas de régime de faveur, donc.

Alors pourquoi Taverne? «Simplement parce que nous avons pu y acquérir un immeuble (ndlr: l'ancien dépôt central de Coop Tessin) correspondant entièrement à nos besoins, ainsi que pour des raisons d'optimisation de la production», précise Béatrice Howald.

Il n'en reste pas moins qu'au Tessin, le soufflé est un peu retombé: les emplois qui seront créés à Taverne seront essentiellement destinés à du personnel non qualifié et rétribué en conséquence. Mais Brenno Ronchetti ne veut pas faire la fine bouche sur ces retombées fiscales: «Même les travailleurs frontaliers paient des impôts au Tessin, à la source, nous n'allons pas nous en plaindre», conclut le maire, qui assure qu'il sortira le tapis rouge pour l'arrivée de l'entreprise.