Les candidats à l’élection partielle au Conseil administratif (exécutif) de la Ville de Genève fourbissent leurs armes avant le scrutin du 4 novembre. Portant les couleurs de l’Entente – l’alliance de centre droit –, le PDC Guillaume Barazzone, 30 ans, publie ce mercredi sur son blog un manifeste dans lequel il plaide pour que la Ville se préoccupe davantage de ses propres citoyens, collabore mieux avec les autres communes et avec le canton et «redescende sur terre». Il écorne au passage les magistrats en place.

Le Temps: Vous décrivez une Ville qui se prend pour le centre du monde, des magistrats arrogants, des monstres d’ego… Que leur reprochez-vous?

Guillaume Barazzone: Je critique une méthode. Le Conseil administratif a tendance à se soucier davantage de sa clientèle que du bien commun. L’arrogance, en matière de sécurité, c’est de reporter la responsabilité des problèmes sur le canton. L’immodestie, c’est de penser, comme Rémy Pagani, qu’il est dans son rôle en dépensant 50 000 francs d’argent public pour aller plaider devant le Tribunal Russell sur la Palestine, à New York [un tribunal d’opinion, ndlr]. Le Conseil administratif doit mener une politique de proximité, prendre le train pour Berne plutôt que l’avion pour New York, et mieux collaborer avec les autres communes et le canton.

– Les magistrats que vous épinglez sont ceux avec qui vous allez gouverner si vous êtes élu. Ils apprécieront…

– Ils savent que la politique est un rapport de force. Je défends le point de vue d’un centre droit ouvert et progressiste, qui souhaite créer des richesses avant de les redistribuer. Si j’en crois les déclarations de Sandrine Salerno contre les entreprises, ce n’est pas la vision du collège.

– Vous reprochez à Rémy Pagani une politique des petits copains sur un projet précis de construction de logements. Expliquez-vous.

– Le logement n’est pas une priorité du Conseil administratif. Je rappelle les faits: Rémy Pagani a organisé une assemblée «participative» de quartier à laquelle il a demandé de se prononcer sur un projet de construction de logements, aux Grottes. Une centaine d’habitants – sur les 192 000 que compte la ville – ont refusé un immeuble de 11 étages et le magistrat s’est incliné. C’est un détournement inadmissible de la démocratie. Ce n’est pas à une poignée d’habitants de décider de la politique du logement de la Ville.

– Vous appelez à un redimensionnement des compétences de la Ville, à une mutualisation des tâches avec les communes. Avant même d’être élu, vous voulez déjà déléguer?

– Si un magistrat doit perdre du pouvoir pour le bien de la communauté, qu’il en perde! Je reprends l’exemple du logement: 34 000 personnes âgées de 0 à 20 ans vivent en ville. Ce sont nos enfants. Pour les loger, il faudra au moins 17 000 nouveaux logements dans un futur proche. La Ville doit construire davantage. Mais elle est déjà dense et une part importante de nos enfants devront se loger ailleurs. La mutualisation, ici, cela signifie que la Ville doit se montrer solidaire avec les autres communes qui font et feront des efforts pour accueillir ses habitants. A moins de préférer qu’ils s’exilent hors du canton.

– C’est-à-dire?

– Actuellement, l’impôt communal est perçu par la commune de travail, et une partie est ristournée à la commune de domicile. Ça n’incite pas les communes à construire des logements. Le Conseil d’Etat prévoit d’inverser la logique mais la Ville s’y oppose, pensant défendre les intérêts de ses citoyens. Elle a tort! Ce système lui rendra un double service: il incitera les communes suburbaines à construire, notamment pour loger ses propres citoyens, et il aidera à développer une ville multipolaire, avec plusieurs zones urbaines qui soulageront la ville mono-centrée et amélioreront la qualité de vie de tous.

– Cette réforme, comme celle de la fiscalité des entreprises, que vous défendez, feront perdre d’importantes recettes fiscales à la Ville. Vous les estimez vous-même à 20%. En plus, vous refusez d’augmenter les impôts. Par quel miracle ferez-vous beaucoup mieux avec beaucoup moins?

– Les Genevois paient assez d’impôts. Je plaide pour une rationalisation des moyens, pour la suppression des doublons entre la Ville et le canton. On devrait aussi mettre en place un budget d’investissement annuel, qui permettrait de fixer des priorités, au lieu de se contenter d’un plan financier d’investissement sur quatre ans qui est une sorte de fourre-tout. J’en suis conscient, cela ne suffit pas. Il faut donc revoir les tâches de la Ville. En matière de culture et de sport, par exemple, il faut s’ouvrir à l’intercommunalité, à des financements cantonaux, régionaux, voire privés.

– S’ouvrir davantage, cela veut dire faire peser certaines charges sur les autres communes ou sur le canton. Or les perspectives budgétaires sont bouchées pour tout le monde. Il va falloir faire des sacrifices. Lesquels?

– N’étant pas aux manettes, il m’est difficile de vous dire précisément où l’on pourra couper. Un exemple: plus de 100 postes vacants reviennent au budget chaque année sans être pourvus. Voilà déjà 10 millions. Si je suis élu, il n’y aura plus de poste inutile.

– Il suffirait donc de «dégraisser le mammouth»?

– Non, c’est pour cela que je parle de mutualisation, notamment en matière de petite enfance. Il est essentiel de créer des crèches, mais chacun y va de son projet. Je propose de créer une fondation cantonale de la petite enfance, que chaque commune financerait en fonction de sa force contributive. Les communes les plus riches participeraient ainsi à l’effort collectif. Cela permettrait une meilleure vue d’ensemble des besoins et des économies d’échelle.

– Redimensionner et mutualiser. N’est-ce pas là le rêve de la droite: une fusion déguisée de la Ville et du canton, où les prérogatives de la Ville, ce bastion de gauche, seraient réduites à leur portion congrue?

– Je ne veux pas dépouiller la Ville de ses compétences, je veux qu’elle fasse tomber les murailles. On peut faire mieux et moins cher ensemble. Pourquoi s’évertuer à faire moins et plus cher tout seul?

– En termes de sécurité, vous voulez augmenter le nombre de policiers municipaux. Comment faire?

– C’est une question de priorités. La ville de Genève est une des plus criminogènes de Suisse, mais la sécurité n’a jamais été une priorité de l’exécutif. Il faut augmenter les compétences des policiers municipaux, leur permettre de s’occuper de A à Z des accidents de la circulation ou de recueillir des plaintes. Il faut aussi qu’ils patrouillent la nuit. Avec plus d’agents ou des horaires réaménagés.

– Faut-il armer les policiers municipaux, comme le propose votre concurrent Eric Bertinat?

– A quoi bon une police municipale si c’est pour faire la même chose que la police cantonale? La police municipale est une police de proximité. Son rôle est d’être présente sur le terrain et de lutter contre les incivilités.

– En matière d’urbanisme, vous avez des ambitions: réaménagement des quais et des espaces verts, concours d’idées… Cela va coûter de l’argent…

– Genève a un énorme potentiel mais elle s’est enlaidie. On le voit avec la place Cornavin ou la place Bel-Air, qui n’ont de places que le nom. Ce n’est pas l’argent qui a manqué, puisqu’elles ont coûté très cher, mais les idées.