«Rappelez dans 5 minutes, je suis sur mon vélo, je me rends à mon bureau.» Il a beau avoir été réélu à la mairie de Bienne, dimanche, avec 80% des suffrages, Hans Stöckli n'a rien changé à ses habitudes. Le vélo pour se déplacer dans sa ville, le travail et une sincérité naïve qui le rendent si populaire.

Précision immédiate du socialiste: habitude ne rime pas avec routine, et encore moins avec usure. «Chaque jour, j'ai une motivation renforcée à travailler au développement et au succès de ma ville.» Même dix-huit ans après son accession à la mairie, en 1990.

En près de deux décennies, Hans Stöckli est devenu le roi incontesté de sa citadelle biennoise. «Limite despote, mais éclairé», lâche un observateur, qui préfère rester anonyme, car à Bienne, on ne dit pas de mal, en public, du timonier.

«Je suis un vrai Biennois», raconte l'ancien juge, qui aime redire qu'il est issu d'un milieu modeste: «Quand ma ville souffre, je souffre avec elle», assène-t-il, pour exprimer la relation fusionnelle entre le maire et sa cité. «Ma ville, c'est ma maîtresse», s'exclame-t-il encore.

«Hans Stöckli, sous ses airs de Bueb naïf, est d'une rare intelligence stratégique», relève la journaliste Isabelle Graber, responsable de la rubrique biennoise au Journal du Jura. Et d'insister: «Sa sincérité n'est pas feinte, on lui donnerait le bon Dieu sans confession.» A Bienne, poursuit la journaliste, «on lui voue une admiration béate. Je n'ai jamais entendu de critique frontale dans l'enceinte du parlement local.»

La confiance retrouvée

La stature de Hans Stöckli s'est construite sur la durée. En 1990, il hérite d'une «ville de l'avenir» dont on dit avec cynisme qu'elle l'a derrière elle. Le fatalisme, il ne connaît pas. Il assainit d'abord les finances. Mène une politique foncière volontariste qui le voit acquérir un maximum de terrains qu'il revend à meilleur prix, renflouant ainsi les caisses de sa Ville. Sans renier l'horlogerie ni l'industrie des machines, pourtant sur le déclin à l'époque, il décrète que Bienne sera désormais la ville de la communication. Quitte à heurter ses camarades de gauche, il privilégie le pragmatisme et s'affiche avec les patrons.

Le tournant décisif intervient avec Expo.02. Là où d'autres se sont brûlé les ailes, Hans Stöckli tire un profit maximum de l'exposition nationale, son «rêve d'enfant», dit-il. Il investit des dizaines de millions pour changer l'image grise de sa ville. Et surtout, il vit l'événement avec spontanéité et enthousiasme. «La confiance est revenue, on a définitivement mis la crise derrière», fanfaronne-t-il. Fier de constater que l'opération a réussi. Une fierté qui rejaillit sur ses administrés.

La recette du succès de Hans Stöckli, c'est la multiplication des projets. Tous ou presque couronnés de succès. «Sur 200 votations, 197 ont débouché sur un résultat positif», s'enorgueillit le maire. Souvent avec d'écrasantes majorités.

Dans sa ville, Hans Stöckli est partout. Aux inaugurations, dans toutes les institutions. Il a même réussi à se profiler comme le défenseur de la minorité francophone, donnant de lui l'image d'un croisé du bilinguisme.

Le maire devenu roi a fait le vide autour de lui. Au point que personne, dans la classe politique, n'est en mesure de le défier. «Ce pourrait être autodestructeur», susurre-t-il, pour décourager les téméraires.

Cette boulimie du pouvoir ne dérange pas les Biennois. «Ils ont compris que je me décarcasse pour leur offrir le meilleur», dit le politicien, qui a réponse à tout.

Parfois, Hans Stöckli agace quand même. On veut bien lui serrer la main et rire avec lui dans la rue. Mais au café du Commerce, on le raille. D'aucuns font remarquer que moins d'un électeur sur trois a voté dimanche, pour le réélire, la majorité ayant préféré s'abstenir. «A moins que cette majorité s'estime suffisamment satisfaite pour ne pas aller voter», nuance Isabelle Graber.

Toujours en retard

Hans Stöckli serait-il si parfait? François Lamarche, de l'hebdomadaire Biel/Bienne, lui a trouvé un défaut: ses retards à répétition. «Lors du vernissage d'une exposition de la Fédération horlogère, écrivait-il il y a quelques semaines, Monsieur le maire est arrivé largement en retard, se permettant de faire poireauter plus d'une centaine de personnes [...] Une sale manie.» Et François Lamarche d'oser une pique ironique: «Si l'on en croit le proverbe qui veut que l'exactitude soit la politesse des rois, il n'est pas mûr pour la royauté.»

Hans Stöckli répond par son action politique. Celle d'un hyperactif qui a toujours un projet à sortir du tiroir. Après les stades, c'est un nouvel Hôtel de Ville à ériger près du Palais des Congrès. Puis un tram, de la gare à la zone des Champs-de-Boujean.

A l'époque, Hans Stöckli visait le record de longévité à la mairie de sa ville, établi à vingt-six ans. Il s'applique aujourd'hui à briser l'impression qu'il serait irremplaçable. Certes, bredouille-t-il, il a toujours autant envie de se lever aux aurores pour le bien de sa ville, mais il se défend «d'être le seul à même de conduire Bienne au succès».

Il n'y a, certes, aucun successeur prêt à prendre la relève, mais Hans Stöckli refuse qu'on puisse penser qu'après lui peut survenir le déluge. «J'aurais raté mon travail», soupire-t-il, rétorquant qu'il a tant à faire pour honorer le nouveau mandat de quatre ans confié par ses ouailles.