«Il faut bouger vite sans créer de panique.» La formule de Panos Mantziaras, directeur de la Fondation Braillard, résume bien l’enjeu du festival Explore, qui s’ouvre mercredi 13 octobre à Genève, au pavillon Sicli. En dix jours et 30 événements, le «festival de la ville de demain» va détailler dans quelle direction, à l’heure du changement climatique, les villes doivent évoluer, comment la population peut influencer ces changements et enfin pourquoi ils sont nécessaires, tant les centres urbains font partie du problème comme de la solution. Explore est organisé par le Département du territoire du canton de Genève, Le Temps en est partenaire.

«Nous avons dépassé le stade où les solutions à nos problèmes sont simples, reprend Panos Mantziaras. Il y a plusieurs solutions partielles, qui elles-mêmes génèrent de nouveaux problèmes. Ce problème vicieux, comme on appelle cette situation en pensée systémique, est constitutionnel de la vitalité urbaine. Cela ne va jamais s’arrêter. Faire croire le contraire tient de la démagogie.»

Fort de ce constat, le festival mêle plusieurs approches. L’une est très pratique: des ateliers permettront au public de participer à la réflexion sur la transformation de lieux comme le secteur Praille-Acacias-Vernets (PAV). D’autres rendez-vous inviteront à réfléchir à la future remise à ciel ouvert de l’Aire et de la Drize dans le même PAV, à soumettre des pistes pour arriver à la neutralité carbone ou à découvrir la voie verte qui verra le jour dans les quartiers de l’Etang et de la Concorde.

Villes plus agiles que les Etats

Plusieurs représentants du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prendront part à des tables rondes, dont la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte (19 octobre) et François Gemenne, spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations et enseignant à Sciences Po Paris et à l’Université de Liège (21 octobre). Pour ce dernier, le degré d’urgence pour que les villes se transforment est élevé: 70% des émissions nocives émanent d’elles. Malgré les rapports du GIEC, qui décrivent depuis vingt ans une situation qui se détériore, le changement reste lent. Comment accélérer le mouvement? «Pour convaincre de la nécessité de changer, il s’agit de montrer aux gens que c’est dans leur intérêt, répond François Gemenne. Les faire évoluer par contrainte ne fonctionne pas.» Tout espoir n’est cependant pas perdu. «Les villes sont motrices, reprend-il. Leur gouvernance leur permet d’être plus rapides que les Etats, comme le montrent les exemples de Montréal, Paris ou Freetown. Mais elles doivent continuer à être actives si elles ne veulent pas perdre des habitants qui jugeraient que les avantages d’habiter en ville sont trop minces.» Pour le chercheur, «la ville reste un modèle valable mais elles doivent s’adapter à la réalité du changement climatique qui va nous imposer à habiter groupé».

«Les moyens d’agir existent, rassure Ariane Widmer, directrice de la direction de la planification cantonale à Genève. L’urbanisme répond certes à un besoin de planification sur des décennies, mais des solutions rapides sont également pratiquées. A Genève, l’asphalte saute au profit du gravier, des rues et des espaces sont libérés pour apaiser les habitants, à Onex nous allons matérialiser au sol la future voie verte pour créer aujourd’hui les usages de demain.» Pour l’architecte, «la ville continue à être un modèle sublime, qui crée de l’intégration, de la culture et de la diversité et où l’homme peut se sentir bien».

Oxmo Puccino et Cyril Dion

L’autre approche pratiquée par Explore est artistique, avec notamment la présence du chanteur Oxmo Puccino, qui fera une lecture musicale de son premier roman à la plage des Eaux-Vives (16 octobre), la projection en avant-première d’Animal, le nouveau film de Cyril Dion, auteur du documentaire Demain (20 octobre).

L’urgence de la situation impose d’être animé par «un sentiment explosif afin de faire bouger les lignes», reprend Panos Mantziaras. Pour l’architecte, l’exposition Energies Désespoirs – Un monde à réparer à Sicli en est un bon exemple. Elle explore en 120 images des situations opposées: celles où la crise liée au changement global risque de rendre la Terre inhabitable et celles où des initiatives inventent des possibles. Une seconde exposition, animée par The Embassy of Foreign Artists, se concentre sur les transformations en cours dans le PAV.

https://exploregeneve.ch/ du 13 au 23 octobre dans plusieurs lieux à Genève.